Chlordécone : le Parlement reconnaît la responsabilité de l’État, les élus ultramarins réclament désormais la réparation
L'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité, ce mardi 2 juin, la proposition de loi portée par le député guadeloupéen Élie Califer. Une reconnaissance historique de la responsabilité de l'État dans le scandale du chlordécone, désormais suivie d'une exigence : la réparation.
C'est un vote que les élus ultramarins attendaient depuis des décennies. Réunis ce mardi 2 juin, les députés ont adopté à l'unanimité la proposition de loi visant à reconnaître la responsabilité de l'État dans les préjudices causés par la pollution au chlordécone en Guadeloupe et en Martinique.
Avec 236 voix pour, le Parlement entérine une reconnaissance politique longtemps réclamée par les victimes, les associations et les élus des deux territoires. Utilisé dans les bananeraies jusqu'en 1993 malgré les alertes sur sa dangerosité, ce pesticide a contaminé durablement les sols, les eaux et les populations. Plus de 90 % des adultes de Guadeloupe et de Martinique présentent aujourd'hui des traces de chlordécone dans leur organisme.
Dans l'hémicycle, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a reconnu que l'État avait " sa part de responsabilité " dans ce scandale sanitaire, environnemental et économique. Une reconnaissance qu'elle a qualifiée de nécessaire " pour les victimes " comme pour " la République ", tout en estimant que la question de la réparation devait désormais être examinée.
Une reconnaissance obtenue après vingt ans de combat
Pour Élie Califer, auteur du texte, ce vote marque l'aboutissement d'un long combat parlementaire.
À la sortie de l'hémicycle, le député socialiste a parlé d'un " petit pas ", mais d'un pas décisif. " Ce n'est pas une compromission, c'est un compromis ", a-t-il insisté, rappelant que près de vingt années de mobilisation parlementaire ont été nécessaires pour parvenir à ce résultat.
Le parlementaire guadeloupéen souligne que le texte ne se limite pas à une reconnaissance symbolique. Selon lui, il engage désormais l'État sur plusieurs fronts : la dépollution, l'accompagnement des pêcheurs, le soutien à la recherche et la mise en place de mécanismes de réparation.
Durant les débats, il avait également dénoncé les choix de l'État qui ont conduit à prolonger l'utilisation du pesticide malgré les alertes existantes, estimant que cette affaire relevait pleinement d'une responsabilité nationale.
" L'État doit régler son dû "
Si l'unanimité s'est dégagée autour du texte, plusieurs élus ont regretté que la rédaction finale ne retienne qu'une " part de responsabilité " de l'État.
C'est notamment le cas du député martiniquais Jiovanny William. À l'issue du vote, il a estimé que l'État portait l'entière responsabilité de ce scandale, rappelant que les dérogations ayant permis l'utilisation du produit relevaient directement des pouvoirs publics.
" Le dû est là : ce sont des malades, ce sont des morts ", a-t-il déclaré, évoquant également les conséquences économiques qui continuent de peser sur les agriculteurs, les maraîchers et les pêcheurs.
Le parlementaire a rendu hommage aux collectifs, aux associations et aux anciens ouvriers agricoles qui, depuis des années, maintiennent la pression pour obtenir justice.
La réparation au cœur des attentes
Pour Olivier Serva, le vote de ce mardi ne constitue "qu'une première étape".
Le député guadeloupéen a rappelé que les conséquences sanitaires du chlordécone demeurent particulièrement lourdes dans les Antilles. Il a notamment évoqué les cancers, les problèmes de fertilité ainsi que les difficultés rencontrées par les marins-pêcheurs confrontés aux zones de restriction.
" Les paroles n'embauchent pas charge ", a-t-il lancé, reprenant une expression créole pour appeler à des mesures concrètes. Dépistage renforcé, cartographie définitive de la pollution, dépollution des terres et indemnisation des victimes figurent parmi les priorités qu'il juge désormais incontournables.
Pour lui comme pour plusieurs élus ultramarins, la reconnaissance de responsabilité n'aura de portée réelle que si elle débouche sur une réparation intégrale des préjudices subis par les populations et les territoires.
Une nouvelle séquence attendue dès les prochaines semaines
Le gouvernement assure vouloir poursuivre le travail engagé. Une mission d'inspection interministérielle associant les ministères des Outre-mer, de la Santé, de l'Agriculture et des Finances doit prochainement remettre des propositions destinées à améliorer les dispositifs d'indemnisation.
Par ailleurs, un colloque scientifique consacré au chlordécone se tiendra du 23 au 25 juin à l'Université des Antilles, en Martinique. Chercheurs, experts et acteurs de terrain y feront le point sur les connaissances scientifiques et les perspectives d'action publique.
Pour les élus antillais, l'adoption de cette loi constitue une victoire politique incontestable. Mais tous le répètent : après la reconnaissance doit venir le temps de la réparation. C'est sur ce terrain que sera désormais jugée la sincérité de l'engagement de l'État.

• RL
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