Local News

Îles Vierges américaines : La faillite électrique d’un archipel américain dans les Caraïbes

02 June 2026
Promote your business with NAN

" Le double blackout total qui a paralysé les îles de Saint-Thomas et Saint-John ce week-end ( 30 et 31 mai) ne relève plus du simple incident technique. C'est le symptôme d'un naufrage industriel chronique. Malgré les millions de dollars injectés par Washington, cet archipel américain des Caraïbes reste prisonnier d'un réseau obsolète, incapable de négocier sa transition énergétique. "

Plonger deux fois dans le noir absolu en moins de vingt-quatre heures. C'est la cruelle expérience vécue par les populations de Saint-Thomas et Saint-John. Samedi 30 mai, en fin de soirée, le réseau s'effondre. Au milieu de la nuit, les équipes techniques de l'Autorité de l'eau et de l'électricité des Îles Vierges américaines  (WAPA) parviennent à ranimer le système. Un répit de courte durée : dimanche à l'aube, la production capitule à nouveau. Pour les 46 000 résidents de ces deux îles, le seuil de tolérance est dépassé. Alors que la colère sature les réseaux sociaux, cet énième incident braque les projecteurs sur un paradoxe intenable : comment un territoire sous pavillon américain peut-il afficher un réseau électrique aussi vulnérable qu'un État en faillite ?

Le mirage des 100 millions de dollars

Ce double blackout n'est pas un coup du sort, c'est une fatalité structurelle. Face à la multiplication des crises, le gouverneur Albert Bryan Jr. a pourtant injecté près de 100 millions de dollars de fonds fédéraux ces dernières années. Une perfusion massive, mais vaine, venue buter contre des décennies de négligence. Devant les législateurs en avril dernier, la direction de l'Autorité de l'eau et de l'électricité des Îles Vierges américaines a dû confesser l'effrayante réalité de son parc : sous-capacité chronique, pannes d'équipements en cascade et maintenance différée érigée en système de gestion. Selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), plus de la moitié des unités de production de l'archipel fonctionnent au pétrole et affichent plus de 25 ans d'âge. À ce vieillissement s'ajoute un traumatisme climatique jamais surmonté : en septembre 2017, les ouragans Irma et Maria détruisaient 90 % des infrastructures de transmission. Neuf ans plus tard, le réseau n'a jamais été reconstruit pour être résilient ; il a simplement été colmaté.

Facture record, transition en berne

Cette faillite technique se double d'une injustice économique pour les usagers. En 2024, le prix moyen du kilowattheure s'élevait à 33 cents, soit exactement le double de la moyenne nationale américaine (16 cents). Les habitants des îles Vierges paient le prix fort pour une énergie intermittente et ultra-polluante. La promesse de la l'Autorité de l'eau et de l'électricité des Îles Vierges américaines d'installer, dans les mois à venir, des unités de stockage par batterie et des générateurs temporaires ressemble à un nouveau pansement sur une fracture ouverte. Avec un mix énergétique où le renouvelable plafonne à un dérisoire 3 %, l'archipel reste l'otage des hydrocarbures. À l'heure où la Caraïbe cherche la clé de sa souveraineté énergétique face au défi climatique, le cas de Saint-Thomas démontre que sans refonte globale du modèle, les investissements financiers ne sont que de la fumée.