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Cadmium : l’Assemblée vote une réduction accélérée des taux dans les engrais, contre l’avis du gouvernement

04 June 2026
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Mercredi 3 juin, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi écologiste visant à réduire l’exposition de la population au cadmium, un métal lourd toxique présent dans les engrais phosphatés. Le texte, soutenu par 144 voix contre 22, fixe des objectifs ambitieux, bien plus rapides que la trajectoire gouvernementale.

La proposition de loi, portée par les députés Benoît Biteau (Les Écologistes) et Clémentine Autain (L’Après), a été adoptée contre l’avis du gouvernement. Le texte prévoit une baisse rapide des taux de cadmium dans les engrais phosphatés, dont l’accumulation contamine les sols agricoles puis l’alimentation humaine. Les nouvelles limites maximales autorisées seraient fixées à 40 milligrammes par kilogramme (mg/kg) d’anhydride phosphorique à compter du 1er janvier 2027, puis 20 mg/kg en 2030.

Cette trajectoire contraste avec celle défendue par l’exécutif, qui envisageait 60 mg/kg en 2027, 40 mg/kg en 2030 et 20 mg/kg en 2038 seulement. Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a reconnu « une surimprégnation de la population française au cadmium par rapport à nos voisins européens », mais il a jugé le rythme imposé par l’Assemblée « pas réaliste », le mettant en garde contre un risque pour « notre souveraineté alimentaire » et une fragilisation « de nos filières ».

Une alliance transpartisane, le gouvernement isolé

Le texte a été soutenu par l’ensemble de la gauche, ainsi que par les groupes MoDem, Horizons et Renaissance. Seule l’extrême droite et une députée LR ont voté contre. Plus surprenant, le député Renaissance Jean-Luc Fugit, qui avait préparé un amendement pour adoucir la trajectoire (mêmes cibles mais plus tardives), a finalement retiré sa proposition, faisant « le choix de l’apaisement ». Un retournement de situation alors que son groupe avait longtemps soutenu la position gouvernementale. Les tentatives du MoDem et d’Horizons de modifier le texte (60 mg/kg pour s’aligner sur la norme européenne, ou des dates plus tardives) ont été rejetées.

Les arguments des uns et des autres

Pour Clémentine Autain, cette trajectoire répond à une « urgence sanitaire ». Benoît Biteau a assuré que le surcoût pour les agriculteurs d’une « décadmiation » des engrais serait minime et que cela permettrait de continuer à s’approvisionner auprès du principal fournisseur de la France, le Maroc (40 % des importations). Le géant marocain OCP affirme d’ailleurs que ses engrais destinés à l’UE contiennent déjà moins de 20 mg/kg de cadmium.

L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) a confirmé que l’alimentation est la première source d’exposition au cadmium, toxique pour la reproduction et cancérogène. En 2025, près de la moitié de la population française dépassait les valeurs sanitaires de référence, une « imprégnation préoccupante ». L’agence recommande d’abaisser les limites à 20 mg/kg.

Par ailleurs, à partir du 16 juin, le dépistage de l’exposition au cadmium en laboratoire de ville sera remboursé pour les patients à risque (personnes vivant dans des zones aux sols géologiquement riches en cadmium - Champagne, Charente, Jura, Massif central - ou riveraines de sites industriels pollués). La Haute Autorité de santé avait préconisé ce dépistage en 2024.