Alors que les idées reçues cantonnent souvent les Outre-mer à la pauvreté, un rapport inédit de l’Observatoire des inégalités révèle l’envers du décor : des communes comme Le Gosier (Guadeloupe) ou Fort-de-France (Martinique) abritent des patrimoines fonciers parmi les plus imposants de France.
Dans le palmarès 2024 des villes françaises où résident les plus grandes fortunes immobilières, c’est une commune ultramarine qui décroche la première place. Le Gosier, en Guadeloupe, devance ainsi le très huppé VIIe arrondissement de Paris et la Croisette cannoise. Sur les 65 foyers gosiériens assujettis à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), la valeur moyenne du patrimoine foncier atteint 3,7 millions d’euros.
La douzième position du classement revient à Fort-de-France, en Martinique. On y dénombre 59 foyers imposables, avec une moyenne de 2,9 millions d’euros de patrimoine immobilier. Loin dans l’océan Indien, Saint-Denis de La Réunion complète le podium ultramarin : ses foyers les plus aisés affichent en moyenne 2,6 millions d’euros. « Les riches, en Outre-mer, sont très riches », résume Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. « On observe une petite frange de la population qui possède une fortune immobilière extrêmement importante, alors même que le niveau de vie médian local est inférieur à celui de l’Hexagone ».
Qu’est-ce qu’être « riche » selon l’étude ?
L’Observatoire redéfinit son seuil de richesse : une personne seule gagnant au moins 4 300 euros par mois, soit deux fois le revenu médian en France. Pour un couple sans enfant, le seuil est fixé à 6 400 euros et à 10 800 euros pour une famille avec deux adolescents. Ce seuil concerne 7,5 % de la population française. L’étude souligne aussi le lien fort entre richesse et propriété : 88 % des ménages riches sont propriétaires de leur logement, contre seulement 59 % des autres ménages (données Insee 2023).
Si Schœlcher, en Martinique, est la seule commune ultramarine figurant au classement des villes de plus de 5 000 foyers où se concentrent les plus hauts niveaux de vie (11 % des foyers), Louis Maurin met en garde : « Ce ne sont pas que des territoires très pauvres. Ce sont aussi des territoires très riches, avec des fortunes construites sur l’immobilier ou le commerce ». Il dénonce « l’accaparement de la richesse par une poignée de personnes ». Le rapport pointe enfin le manque de données statistiques détaillées en Outre-mer, mais celles disponibles suffisent à démontrer des écarts vertigineux au sein des populations locales. L’Observatoire des inégalités, qui en est à sa quatrième édition de ce rapport entamé en 2020, espère ainsi contribuer à mieux faire connaître la réalité multiple des territoires français d’outre-mer.
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