Agression raciste à Avignon : six mois de prison ferme pour avoir insulté et frappé une mère et ses enfants
Le tribunal correctionnel d’Avignon a condamné ce mardi 21 juillet un homme de 23 ans à six mois de prison ferme et cinq ans d’interdiction du territoire français. Il était jugé pour avoir insulté et frappé deux mères de famille et leurs trois enfants, le 27 mai dernier, sur le parking d’un centre commercial.
Ce devait être une journée ordinaire. Une mère de famille se rend avec ses deux enfants, sa cousine et la fille de celle-ci, dans un centre commercial d’Avignon. Sur le parking, les enfants aperçoivent des animaux de cirque. Ils s’approchent, curieux et s’adressent à un homme pour savoir s’ils sont à lui. La réponse fuse, glaciale : des insultes racistes, proférées face à des gamins ébahis.
Les deux mères interviennent alors pour demander des explications. L’homme réitère ses insultes, les traite de « sales nègres », puis les bouscule violemment. L’une d’elles est projetée au sol. « Mes filles criaient, j’étais au sol », racontera-t-elle plus tard à la barre, encore marquée par la scène. « C’était très violent, cette scène revient constamment dans ma tête ». La victime, qui boite encore et se déplace avec une béquille, s’est vu prescrire dix jours d’incapacité totale de travail (ITT).
Un procès sous tension, un prévenu qui nie en bloc
À l’audience, ce mardi 21 juillet, le jeune homme, Christian G., de nationalité italienne, n’a pas reconnu les faits. Scolarisé « deux ou trois ans », sans emploi ni formation, il a opposé une version radicalement différente : « Ce sont elles qui sont venues m’attaquer, j’étais obligé de me défendre ». Une défense qui n’a guère convaincu la présidente Maud Rochette, au vu des témoignages concordants recueillis lors de l’enquête.
« La justice nous a écoutés » : la fierté des victimes
À l’issue du délibéré, la mère de famille, encore éprouvée, s’est dite satisfaite de la peine prononcée. « La justice nous a écoutés, a-t-elle déclaré. Je pourrai expliquer à mes enfants que, malgré ce malheur, on est écoutés et pas rejetés ». Son avocat, Me Paul-Roger Gontard, a salué une décision qui « a compris la gravité des faits ». « Le racisme est un délit dans notre pays, ce sont des pensées qui divisent et la justice était là pour le rappeler ».
Du côté de la Ligue des droits de l’Homme, représentée par Me Véronique Marcel, on insiste sur l’impact traumatique de cette agression. « Des enfants ont été témoins de cette violence raciste. Ils vont sans doute porter des séquelles toute leur vie ». Et d’ajouter, dans un appel solennel : « Il faut une vraie prise de conscience et un choc institutionnel pour endiguer ce racisme, sinon, on va vers les heures les plus sombres de notre histoire ».
Six mois ferme et interdiction du territoire
Le tribunal a finalement condamné Christian G. à six mois de prison ferme, assortis d’une interdiction de séjour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Une peine que l’avocat du prévenu, Me Amr, juge « un peu sévère ». Pour lui, son client, « très, très simple », n’a « pas une capacité de recul qui lui permette d’appréhender les faits qu’il a commis ». Il aurait mérité, selon lui, un sursis probatoire et un suivi. Mais pour les parties civiles, le message est clair : en France, le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. Et la justice, à Avignon, l’a rappelé avec fermeté.
En soutien à la famille, le collectif féministe et antiraciste des Résiliantes avait appelé à un rassemblement devant le tribunal, mardi à 20 heures. Militants, associations et citoyens étaient invités à se mobiliser pour dire « justice pour les victimes de racisme ». Une manière de rappeler que la lutte contre les discriminations est aussi une affaire de société, qui ne s’arrête pas aux portes des prétoires.
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