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Mauvaise qualité des eaux de baignade en Guyane | Guyaweb, site d’information et d’investigation en Guyane

01 August 2026
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Mauvaise qualité des eaux de baignade en Guyane

Lieux appréciés pendant les vacances et en saison sèche, les plages sur le littoral demeurent toutefois largement impactées par la pollution des eaux. Dans l’intérieur, les indicateurs manquent pour connaître l’état de dégradation ou de préservation de l’eau douce.

Quel est le point commun entre les plages de Gosselin, Bourda, les Roches, Pollux, les Hattes et la Crique Morpio ? Ce sont tous des sites appréciés pour s’y baigner mais ce sont aussi pourtant des lieux où la baignade est officiellement interdite à cause de la pollution des eaux.

Actuellement, sur les onze zones de bain d’eau douce et d’eau de mer suivies par l’Agence régionale de santé (ARS), seulement deux sont considérées comme conformes aux normes sanitaires : la plage de Caristan à Rémire-Montjoly et la crique Canceler à Sinnamary. Dans les détails, sur ces onze lieux de loisirs, neuf présentent « une qualité jugée insuffisante » et sept sont officiellement « interdits à la baignade » en raison des risques qu’ils font potentiellement peser sur la santé des personnes qui se mettent à l’eau. Sont considérées comme impropres à la nage, les plages qui présentent des taux trop élevés en bactéries fécales. « Ces germes microbiens ne constituent pas en eux-mêmes un danger pour les baigneurs aux seuils généralement relevés mais peuvent indiquer, par leur présence, celle simultanée de germes pathogènes » fait savoir de manière théorique le ministère de la Santé. D’autres paramètres, tels que le pH, la présence ou non de cyanobactéries, l’impact de l’orpaillage peuvent aussi être mesurés.

La grande majorité des pollutions sur le littoral est liée à des défauts des réseaux d’assainissement. Cette situation est bien connue au point que dans un avis rendu en 2022, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) regrettait que « les réseaux d’évacuation d’eau de pluie sont souvent employés pour rejeter les eaux usées directement dans le milieu naturel ce qui occasionne la pollution des eaux de baignade. » Le Conseil pointait aussi du doigt la responsabilité des « communes [qui] accusent un retard important dans la gestion des eaux usées. Plusieurs n’ont pas encore élaboré de schéma directeur d’alimentation en eau potable et en assainissement ». Quant à la Collectivité territoriale de Guyane (CTG), selon le Cese, elle « peine à combler le déficit d’infrastructures, alors que des financements sont disponibles, parce que la disponibilité de l’ingénierie est souvent insuffisante (portage de projet, ingénierie technique) ». Résultat : « L’assainissement collectif ne couvre pas l’ensemble des agglomérations et l’assainissement non collectif rencontre des difficultés liées à l’entretien des installations, au manque de personnel qualifié et aux densités de population dans certains quartiers d’habitat spontané ». Tout cela faisait dire au Conseil économique, social et environnemental que « la pression exercée par les rejets d’eaux usées sur la qualité des masses d’eau est encore limitée mais pourrait s’aggraver. »

De fait, l’atteinte portée aux plages et aux criques à l’échelle territoriale est largement sous-documentée. Car selon le registre de l’ARS, accessible sur internet, seuls onze lieux de baignade font l’objet d’un contrôle par les services de l’Etat. Pour le reste, on ne sait pas quel est le degré d’atteinte …. Cette situation apparaît bien fragile face à la multitude des zones de bains que compte la Guyane, ce pays des eaux. Aucun site n’est par exemple référencé dans l’intérieur alors pourtant que les zones de bain aux abords des villages le long du Lawa-Maroni ou de la Camopi-Oyapock sont essentielles au quotidien.

Les conditions évoluent toutefois d’une plage à l’autre. Dans les détails, au Rorota (Rémire-Montjoly) les eaux ont été considérées comme présentant une qualité sanitaire « suffisante » en 2025, alors que les prélèvements s’étaient avérés défavorables de manière « permanente » de 2022 à 2024.  A la plage des Roches à Kourou, la qualité est insuffisante « depuis cinq années consécutives » sans toutefois que le registre en ligne du ministère de la Santé permette de connaître précisément les taux de dépassement des polluants enregistrés à Kourou. Enfin, si les eaux de la crique Canceler étaient considérées comme « excellentes » de 2022 à 2024, elles ont été rétrogradées en 2025 à l’état de « bon » niveau.

Afin de rendre compte des atteintes, Guyane Nature Environnement a lancé une campagne de mobilisation participative via l’application dédiée « Sentinelles de la nature ». L’association invite le public à alerter sur les pollutions de l’eau visibles tels que les rejets d’eaux usées ou tout autre déversement de substances polluantes, les dépôts de déchets ou pourquoi pas les impacts de l’activité minière sur les criques. L’association souhaite mettre en avant le manque d’informations publiques figurant à l’entrée des sites de baignade, qui permettraient pourtant à tout le monde de prendre conscience de la situation sanitaire. Afin de pallier le déficit du registre de l’ARS, l’association appelle aussi au « recensement participatif des sites de baignade non suivis par l’ARS », par le biais d’un questionnaire à remplir en ligne.

Baignade en Guyane : qualité insuffisante de l’eau pour 2025