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Haïti : l’armée sri-lankaise reconnaît des crimes contre des enfants lors de précédentes missions de paix

15 September 2026
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Pour la première fois en près de vingt ans, l’armée sri-lankaise admet que certains de ses soldats ont commis des crimes contre des enfants haïtiens lors de précédents déploiements de maintien de la paix. Une déclaration qui intervient alors que 1 132 militaires sri-lankais s’apprêtent à rejoindre Haïti dans le cadre d’une force soutenue par l’ONU.

Interrogé sur le bilan des précédents contingents, le porte-parole de l’armée sri-lankaise, le général de brigade Waruna Gamage, a déclaré au Sunday Times : « Ceux qui ont été accusés de tels crimes ont été jugés par le tribunal militaire interne, puis ils ont été renvoyés ». Une admission d’une portée considérable. Pendant près de deux décennies, le Sri Lanka a évité de reconnaître publiquement ce que ses soldats avaient fait en Haïti. Aucun militaire n’a jamais été poursuivi au pénal pour ces faits.

Une enquête des Nations unies menée en 2007 avait établi des allégations crédibles impliquant au moins 134 membres de contingents sri-lankais successifs dans des faits d’exploitation et d’abus sexuels sur des enfants haïtiens, certains âgés de seulement huit ans. Plus de 108 militaires avaient été rapatriés. Les enquêteurs avaient identifié un schéma organisé : les coordonnées étaient transmises d’une rotation à l’autre, un garçon ayant été abusé par plus d’une centaine de soldats. Des enfants recevaient de la nourriture et de petites sommes d’argent en échange de relations sexuelles, dans le cadre d’un réseau qui a fonctionné pendant trois ans. L’enquête avait conclu que les commandants « n’avaient pas pris les mesures appropriées ».

Les responsables ont été renvoyés chez eux, sans être jugés devant un tribunal civil. Le Projet international pour la vérité et la justice (ITJP) a établi que chaque commandant de contingent impliqué dans ces déploiements avait ensuite été promu. Le Comité des Nations unies contre la torture a adressé des questions en suspens au gouvernement sri-lankais sur le caractère proportionné des poursuites au regard de la gravité des crimes. Colombo n’y a jamais répondu.

Un filtrage contesté

Cette reconnaissance intervient alors que l’armée défend le déploiement actuel contre les critiques selon lesquelles aucun contrôle indépendant des personnels n’a été effectué. Le général Gamage affirme qu’un processus de vérification interne a été suivi et que les noms des personnels validés ont été transmis au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme pour un examen complémentaire, puis aux États-Unis, qui dirigent la Force de répression des gangs. « En l’absence d’un mécanisme de filtrage dédié impliquant les ministères concernés, l’armée sri-lankaise a mené son propre processus interne pour valider les 1 132 personnels actuellement déployés », rapporte le Sunday Times.

Une situation qui confirme les inquiétudes exprimées par l’experte en justice transitionnelle Yasmin Sooka et l’ancienne correspondante de la BBC Frances Harrison. Celles-ci ont écrit la semaine dernière que le filtrage avait été réduit à une simple auto-certification par l’État dont les forces sont évaluées.

Les avertissements avant le départ

Des organisations de défense des droits humains, dont l’ITJP, la Campagne sri-lankaise pour la paix et la justice et People for Equality and Relief in Lanka, avaient appelé en juin à un arrêt urgent du déploiement, exigeant un mécanisme de filtrage indépendant avec une participation significative du Haut-Commissariat aux droits de l’homme. « Aucun individu ne devrait être déployé sans une évaluation indépendante de son implication dans des violations passées », avaient-elles déclaré, avertissant que le déploiement s’effectuait depuis un pays dont les forces de sécurité « ont été à plusieurs reprises impliquées dans des violations graves du droit international humanitaire, du droit international des droits de l’homme et de violences sexuelles liées aux conflits, et où la responsabilité de ces violations reste largement absente ».

Une décision attendue ce mois-ci

Le contingent, composé de 900 militaires et de 189 officiers des forces spéciales, dont 43 femmes, a quitté l’île en juillet pour le plus grand déploiement sri-lankais à l’étranger. Les premières troupes sont arrivées à Port-au-Prince ce mois-là, un autre contingent débarquant à Gonaïves en août. En juin, lors de leur départ à Panagoda, le président sri-lankais Anura Kumara Dissanayake avait déclaré aux personnels : « Vous démontrez au monde que nous possédons une armée et une force spéciale prêtes à défendre la protection, la démocratie et les droits humains des peuples opprimés, où qu’ils soient dans le monde ».

Plus de 16 000 militaires sri-lankais ont servi en Haïti entre 2004 et 2015. L’ONU a décidé de les redéployer plus tôt cette année, malgré ce bilan. Le Conseil de sécurité des Nations unies doit décider d’ici au 30 septembre s’il renouvelle le mandat de la Force de répression des gangs. L’UNICEF estime que jusqu’à la moitié des membres des groupes armés haïtiens sont des enfants.

Les forces de sécurité sri-lankaises n’ont jamais été tenues responsables des atrocités commises contre les Tamouls, et ont été déployées dans des missions de l’ONU, notamment au Soudan du Sud et au Mali, malgré ces préoccupations. Ce mois-ci, devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme a déclaré que des personnels soupçonnés de violations graves continuaient de servir au sein de l’armée et de la police, et qu’un filtrage étroit des forces de sécurité était nécessaire, y compris pour les opérations de maintien de la paix et les autres opérations internationales.