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À Nice, il se fait passer pour Alexandre Lacazette et détourne 200 000 euros

15 April 2026
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Un Niçois d'une quarantaine d'années, est poursuivi pour avoir usurpé l'identité d'Alexandre Lacazette. Pendant des mois, il a utilisé de faux documents au nom du joueur pour monter des dossiers frauduleux auprès de la Caisse nationale des allocations familiales et détourner près de 200 000 euros.

Voilà ce qu'on appelle une faille administrative. Selon l'avocat du suspect, dont les propos sont rapportés par Le Parisien, il suffisait au fraudeur de connaître la date et le lieu de naissance d'Alexandre Lacazette pour monter des dossiers à son nom. “Rien qu'avec ça, il pouvait créer des demandes et recevoir des prestations, sans qu'on lui demande une pièce d'identité”, a-t-il expliqué à la barre. Pas de vérification biométrique. Pas de contrôle croisé avec les fichiers d'identité. Juste trois informations : un nom, une date, un lieu. Et le robinet à prestations s'est ouvert. Pendant des mois, le quadragénaire a ainsi puisé 200 000 euros dans les caisses de la Caisse nationale des allocations familiales.

À raison de plusieurs dossiers frauduleux, l'escroc a accumulé une somme rondelette. De quoi vivre confortablement, sans travailler, sans éveiller les soupçons. Pendant ce temps, le vrai Alexandre Lacazette, lui, marquait des buts pour l'Olympique Lyonnais, sans jamais se douter qu'un homonyme de pacotille touchait des allocs à sa place. La CAF, elle, n'a rien vu venir. Jusqu'au jour où des contrôles de vérification ont mis au jour une partie de la fraude. La caisse a d'ailleurs découvert plus de 29,2 millions d'euros d'arnaques en 2025. Celle-ci est l'une des plus spectaculaires.

Le dénouement, une réclamation qui tue

Mais comment ce fraudeur modèle a-t-il été arrêté ? Non pas grâce à une enquête minutieuse, ni grâce à un signalement du vrai Lacazette. Mais parce qu'il s'est présenté lui-même à la CAF de Nice pour se plaindre… de la suspension de son RSA. Un comble. L'homme qui a détourné 200 000 euros vient réclamer quelques centaines d'euros d'aide sociale. C'est lors de cette visite que les services ont fait le lien. Le suspect a été interpellé sur place, sans doute médusé par sa propre maladresse.

Au procès, le procureur n'a pas goûté à la plaisanterie. Il a requis cinq ans de prison ferme contre le quadragénaire. Une peine sévère, destinée à dissuader d'éventuels imitateurs. L'avocat de la défense a plaidé la clémence, mais le parquet a mis en avant plusieurs circonstances aggravantes : l'usurpation d'identité, l'utilisation de faux documents, le montant important du préjudice et la durée de la fraude. Le jugement a été mis en délibéré au 24 avril.

Les leçons : une réforme urgente ?

Cette affaire ubuesque pose une question de fond : comment se fait-il qu'avec une simple date de naissance, on puisse ouvrir des droits à prestations sociales au nom d'un tiers ? La CAF, n'a pas commenté ce cas particulier. Mais l'incident révèle un vide juridique et technique qui appelle des réformes. À l'heure où la fraude sociale est un sujet politique sensible, où les annonces de renforcement des contrôles se multiplient, ce genre de faille fait tache. Surtout quand elle profite à un escroc qui n'a même pas eu besoin de présenter une fausse carte d'identité physique.

Au final, le principal enseignement de cette histoire, c'est peut-être celui-ci : la bêtise humaine est parfois plus forte que la cupidité. Un homme intelligent, qui a su exploiter une faille administrative pendant des mois, a tout gâché en venant réclamer son RSA. Comme s'il avait oublié qu'il jouait un rôle, celui d'Alexandre Lacazette, un footballeur millionnaire qui n'a évidemment pas besoin du RSA. Le vrai Lacazette, lui, n'a rien demandé. Il est aussi victime, à sa manière, de cette usurpation. Mais on imagine qu'il préfère en rire. N'est pas le Général qui veut.