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«Baby-sitter numérique» : 7 parents sur 10 donnent un écran à leur enfant faute de mieux

18 February 2026
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Selon le baromètre Ifop pour la Fondation pour l'Enfance publié ce lundi, les parents d'enfants de 8 à 15 ans assument un constat sans appel : faute de mieux, l'écran est devenu l'occupant principal.

Le constat est implacable. Interrogés par l'Ifop, 71 % des parents reconnaissent proposer "souvent ou de temps en temps" un outil numérique à leur enfant à la maison pour l'occuper. Les principales raisons invoquées ? La météo (quand il est impossible de sortir) et l'absence d'autres activités disponibles sur le moment. Mais l'aveu le plus frappant concerne l'organisation familiale. 66 % des parents interrogés admettent utiliser les écrans pour occuper leurs enfants quand ils font autre chose : télétravail, tâches ménagères, ou simplement pour souffler. L'écran devient alors un outil de conciliation entre vie professionnelle, vie domestique et charge parentale.

L'étude révèle également que l'exposition aux écrans dépasse largement le cadre du salon. 61 % des parents déclarent donner un smartphone ou une tablette à leur enfant dans les lieux publics et les situations d'attente : transports en commun, restaurants, salles d'attente médicales. Pire (ou mieux, selon le point de vue) : 49 % des parents avouent sortir l'écran pour faire patienter leur enfant, voire le calmer, "afin d'éviter les regards critiques ou des plaintes" des autres usagers. Une forme de pression sociale qui pousse à la démission éducative pour préserver la tranquillité collective.

La récompense et la dispute, le double visage du numérique

Autre enseignement de cette enquête : l'écran est aussi devenu un outil de négociation. 65 % des parents l'utilisent comme récompense après un effort (bonne note à l'école, chambre rangée). Une pratique qui ancre un peu plus le numérique dans le système de gratification familial. Mais cette omniprésence a un prix. Selon l'Ifop, dans quatre foyers sur dix, les échanges autour du numérique sont souvent sources de disputes entre parents et enfants. Un chiffre qui révèle les tensions générées par ces objets pourtant censés apporter la paix sociale.

Face à ce sentiment de débordement, les parents tentent de poser des limites. La quasi-totalité d'entre eux (94 %) affirment avoir fixé au moins une règle sur les usages du numérique : durée, moments d'utilisation, contenus autorisés. Dans les faits, le cadre est très différent selon les jours. 92 % des parents autorisent les écrans le week-end et pendant les vacances (dont 80 % sans règle particulière). En semaine, ils ne sont plus que 72 % à donner leur feu vert. Dans le détail de la journée, 74 % autorisent les écrans après les devoirs, mais seuls 12 % les tolèrent pendant le dîner et 29 % avant de se coucher.

Parents sous-estiment les risques, surestiment la pédagogie.

L'Ifop met en lumière un décalage troublant entre la perception parentale et la réalité des usages. "Les parents tendent à sous-estimer les usages de divertissement, notamment sur les réseaux sociaux et les vidéos de courte durée", note l'institut. À l'inverse, "ils surestiment légèrement les pratiques à dimension éducative", comme la lecture de livres ou de BD, ou le visionnage de contenus éducatifs. Une forme d'aveuglement volontaire qui permet de se rassurer sur l'utilité réelle des écrans dans le développement des enfants. Cette enquête tombe à point nommé dans le débat public. Le gouvernement prépare en effet une mesure choc pour la rentrée scolaire de septembre : l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. L'exécutif invoque la nécessité de protéger la santé mentale des plus jeunes face aux contenus inappropriés, au cyberharcèlement et aux troubles du sommeil.

Et si le problème, c'était l'absence d'alternative ?

Reste une question de fond, déjà soulevée en 2024 par la "commission écrans" mandatée par Emmanuel Macron : et si les écrans n'étaient qu'un symptôme ? Dans son rapport, la commission insistait sur l'importance d'aménager des aires de jeux dans tous les lieux d'attente (gares, stations de métro, aéroports, administrations) pour offrir aux enfants une alternative crédible. Tant que la société ne proposera pas d'espaces et d'activités pour occuper les enfants dans la vie réelle, le réflexe de l'écran, solution de facilité pour des parents débordés, risque de perdurer. Avec ou sans interdiction.