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Canne-sucre-rhum : La tension monte d’un cran entre syndicats et patronat

04 March 2026
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Le climat social s'envenime dans la filière canne-sucre-rhum. Les syndicats CGTG et UGTG dénoncent une énième fois le "mépris" et "l'arrogance" des organisations patronales, accusées de torpiller les négociations annuelles obligatoires. Un appel à la mobilisation est lancé pour ce jeudi 5 mars.

Elles devraient être un moment clé du dialogue social. Les Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) de la branche canne-sucre-rhum tournent pourtant au vinaigre année après année. Dans un tract commun publié cette semaine, les syndicats CGTG et UGTG tirent la sonnette d'alarme. Ils accusent les usiniers et les rhumiers parmi lesquels Damoiseau, Bonne-Mère, la SMRG ou encore Gardel de "galvauder" ces discussions depuis des années. Pire : cette saison, la stratégie patronale consisterait à "tuer la négociation" pour démarrer la récolte sans accord, en tentant au passage de décrédibiliser les organisations syndicales.

Les syndicats ne mâchent pas leurs mots et pointent du doigt deux responsables principaux : l'ASSOCANNE, représentée par N. Phillipot et le SRIG, emmené par H. Damoiseau. Ces organisations sont accusées de "blocage, de dénigrement et de refus de négociations sincères". Un dialogue social digne, rappellent les syndicats, exige "respect, écoute et réponses chiffrées, et non des postures de ti mal". Une sortie virulente qui traduit l'exaspération des représentants des salariés face à ce qu'ils considèrent comme une impasse organisée.

Une augmentation jugée indigne

Au cœur du conflit, la question salariale cristallise les tensions. Selon les syndicats, les organisations patronales proposent une augmentation unilatérale de 1,2 %. Une goutte d'eau pour les syndicats, qui réclament bien plus qu'un simple rattrapage. Derrière les chiffres, c'est toute la question de la reconnaissance des travailleurs de la filière qui est posée. "Travayè pé ni ayen si yo kontinyé konsa !", martèlent les organisations, pour alerter sur la précarisation rampante des employés du secteur.

Car les revendications dépassent largement le cadre des salaires. Les syndicats mettent sur la table un programme en plusieurs points : respect et application des accords signés, poursuite des travaux sur la convention collective, plan pluriannuel de remplacement des départs à la retraite, audit sur les conditions de travail, évolution de carrière, revalorisation de la prime d'ancienneté et la mise en place d'une mutuelle de branche offrant de meilleures garanties. Une liste qui dessine les contours d'une filière en souffrance, où les travailleurs peinent à voir leur avenir se dessiner.

Le lancement de la campagne sucrière 2026 de nouveau reporté

Le couperet est tombé la veille du démarrage. C'est un communiqué qui a mis fin au suspens, ou plutôt qui a créé la surprise. Alors que toute la filière canne-sucre-rhum s'apprêtait à entamer la récolte ce jeudi 5 mars, IGUACANNE a annoncé officiellement le report de l'ouverture de la campagne. Une décision radicale, prise à la veille du jour J, qui sème la confusion dans les rangs. Les services de l'interprofession évoquent des raisons techniques et logistiques. Pourtant, tout semblait bien en ordre de marche. Lundi 2 mars, le comité de liaison avait validé la date du 5 mars pour le début de la campagne. Mais entre-temps, les consultations menées auprès des structures de coupe ont révélé une tout autre réalité : trop peu d'opérateurs étaient en mesure de livrer l'usine de Gardel, le principal site de réception de la canne en Guadeloupe. Un constat d'échec qui a contraint IGUACANNE a faire machine arrière.

Appel à la mobilisation ce jeudi 5 mars

Face à ce qu'ils qualifient de "manœuvres frauduleuses" visant à diaboliser les organisations syndicales, la CGTG et l'UGTG appellent à une journée de mobilisation. Le rendez-vous est donné ce jeudi 5 mars 2026, dès 6 heures du matin, devant chaque entreprise de la branche. Un rassemblement est prévu à 9 heures devant la distillerie Damoiseau, symbole aux yeux des syndicats d'un patronat jugé intraitable. Le mot d'ordre est lancé : "Konba la angajé, travayè doubout ! Sèl lalit ka payé !" La récolte, elle, n'a pas encore commencé. Mais la guerre sociale, elle, est déjà déclarée.