Carte d’identité virtuelle : elle sera enfin acceptée dans tous les aéroports français
Dès juillet prochain, la carte d'identité numérique hébergée sur l'application France Identité sera officiellement reconnue pour embarquer dans tous les aéroports de l'Hexagone. Une avancée majeure pour un service public qui, deux ans après son lancement, peine encore à s'imposer.
Fini le temps où il fallait sortir son billet et sa carte d'identité en plastique au moment de passer les portiques de contrôle. Selon les informations confirmées par la Direction générale de l'aviation civile (DGAC), dès l'été prochain (juillet-août), la carte d'identité virtuelle sera acceptée comme moyen de contrôle pour l'embarquement sur l'ensemble des vols intérieurs et internationaux au départ des aéroports français. Concrètement, les passagers pourront présenter la version dématérialisée de leur carte nationale d'identité, générée par l'application France Identité, pour prouver qui ils sont avant de monter à bord. Une simplification qui promet de fluidifier le passage en salle d'embarquement. Attention toutefois : cette facilité ne dispense pas de conserver son passeport physique sur soi dès lors que l'on franchit une frontière internationale, même au sein de l'espace Schengen.
Lancée en 2024, l'application France Identité séduit pourtant. Deux ans après son arrivée, elle comptabilise déjà 3,6 millions d'utilisateurs ayant créé leur identité numérique. L'outil permet de centraliser des documents essentiels (permis de conduire, carte grise) et facilite l'accès à plus de 1 800 services via France Connect. Son atout majeur réside dans la possibilité de générer une copie officielle et sécurisée de la carte nationale d'identité électronique. Une fonction pensée pour remplacer les vulnérables photocopies et limiter les risques de fraude. Pourtant, malgré ce potentiel, la carte d'identité virtuelle reste un outil confidentiel dans la vie de tous les jours.
La Poste, transports : les blocages juridiques persistent
Le problème est simple : si les forces de l'ordre sont équipées pour lire ce support numérique, son acceptation ailleurs relève encore du parcours du combattant. Des blocages juridiques et opérationnels subsistent dans de nombreuses administrations et entreprises publiques. Concrètement, il est aujourd'hui impossible d'utiliser son identité numérique pour retirer un colis à La Poste, lors d'un contrôle dans les transports en commun, ou pour toute autre démarche nécessitant une vérification d'identité fiable. "D'une manière générale, si la loi permet de prouver son identité par tout moyen, l'acceptation de France Identité est soumise à la volonté de l'entité ou de la personne qui en est destinataire", explique sobrement France Titres, l'agence nationale des titres sécurisés en charge du projet.
Face à ce constat d'échec relatif, les pouvoirs publics tentent d'accélérer. France Titres affirme travailler "activement à la reconnaissance et à la valorisation de l'application dans tous les cas d'usage envisageables". L'objectif est de sortir de ce statut d'acceptation optionnelle, où chaque administration ou entreprise décide souverainement si elle accepte ou non le document numérique. Pour les spécialistes, comme Michaël Lakhal, directeur produit de Signaturit Group, le salut ne viendra que d'une impulsion politique forte. Selon lui, seule une adoption massive avec une incitation forte du gouvernement, à l'image du passage à la déclaration des impôts en ligne, pourrait forcer les administrations à reconnaître enfin ce format.
Une harmonisation européenne encore en chantier
Le dossier se corse encore à l'échelle internationale. Si la France est prête, tous les aéroports et compagnies étrangers ne le sont pas. Les systèmes de contrôle aux frontières n'ont pas tous été adaptés pour traiter les versions dématérialisées des documents d'identité. Tant que des règles communes et des technologies standardisées ne seront pas déployées à l'échelle de l'espace Schengen, les voyageurs devront conserver précieusement leurs papiers physiques lors de tout déplacement hors de l'Hexagone.
La carte d'identité virtuelle incarne donc parfaitement les promesses et les contradictions de la dématérialisation : un outil pratique, sécurisé, plébiscité par des millions d'utilisateurs, mais dont le déploiement complet se heurte à un mille-feuilles juridique et technique que seule une volonté politique forte pourra un jour aplanir.
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