Par Morgane HAGUY [email protected]

À 83 ans, Catherine Wanou retrace un parcours singulier. Née sous l'Occupation allemande, élevée dans le Bordeaux populaire et devenue Guadeloupéenne par amour, elle a fait de sa curiosité et de sa liberté de penser le fil conducteur de sa vie. Entre passion pour les langues, l'histoire et la géographie, goût de la transmission et regard attentif sur le monde, voici le portrait d'une enseignante qui n'a jamais cessé d'apprendre et de transmettre.
«J'étais une forte tête. Si on me disait non, je
demandais pourquoi. Et si la réponse ne me satisfaisait pas, je
passais outre. De toute façon, fille pas assez docile, j'étais
souvent punie... Alors autant faire ce que je voulais », lance
Catherine Wanou avec un sourire en coin, comme si elle revivait,
amusée, les frasques de l'enfant qu'elle a été. Aujourd'hui âgée de
83 ans, elle déroule son histoire avec une vivacité intacte,
ponctuée de silences qui en disent parfois autant que ses mots.
Pour cette Bordelaise d'origine, devenue Guadeloupéenne par amour
et par choix, chaque étape de la vie semble guidée par une même
boussole : la curiosité, l'indignation face aux injustices et
une soif constante de comprendre le monde.
Née en 1943, en pleine occupation allemande, dans
un Bordeaux marqué par les cicatrices de la guerre, Catherine est
la cadette d'une fratrie de cinq enfants. Elle grandit dans un
quartier populaire où la solidarité compense les manques et où la
vie s'organise autour de la convivialité et l'entraide. La ville,
traversée par de forts contrastes sociaux entre centre bourgeois et
quartiers ouvriers plus modestes mais chaleureux, façonne très tôt
son regard. Curieuse et déterminée, elle affirme rapidement son
esprit de rébellion face aux inégalités de genre et de classe. Dans
la France de l'après-guerre, les trajectoires féminines sont
balisées : mariage, maternité, vie domestique. L'accès aux
études longues reste limité et dépend largement du milieu social.
Beaucoup de jeunes filles voient leur avenir déjà tracé. Catherine,
elle, se projette ailleurs et nourrit d'autres ambitions.
L'école, lieu d'une blessure profonde
L'école primaire marque un tournant décisif. En
CM1, son instituteur lit l'Odyssée, le célèbre passage où Ulysse
rencontre Nausicaa et fait découvrir la civilisation grecque à ses
élèves. « J'ai...
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