Chikungunya : six médecins appellent à vacciner sans attendre aux Antilles-Guyane
Des cas recensés à Cuba et au Suriname, une immunité au plus bas dix ans après la dernière épidémie : six médecins tirent la sonnette d'alarme dans une tribune du journal Le Monde et appellent à anticiper une nouvelle vague de Chikungunya aux Antilles et en Guyane.
C'est un appel solennel que six médecins ont lancé ce mercredi 25 mars dans les colonnes du journal Le Monde. Face au risque d'une nouvelle épidémie de chikungunya aux Antilles et en Guyane, ils exhortent les autorités sanitaires à ne pas attendre que les cas explosent pour agir. "Malheureusement, on a tout ce qu'il faut dans ce territoire pour que l'épidémie survienne", alerte Loïc Epelboin, médecin au CHU de Guyane, épidémiologiste et cosignataire de la tribune, interrogé sur France Inter.
Les signaux d'alerte se multiplient. Le médecin note "des cas dans l'inter-région" depuis fin 2025, avec "environ 50 000 cas à Cuba". Plus près des territoires français, des contaminations ont été recensées au Suriname, voisin de la Guyane. Et sur le territoire guyanais lui-même, "des premiers cas sont survenus depuis à peu près un mois, avec une cinquantaine de cas aujourd'hui". La configuration est particulièrement préoccupante. La dernière épidémie majeure de chikungunya dans la région remonte à 2014, il y a dix ans. Conséquence : "peu de gens aujourd'hui sont immunisés et protégés" contre ce virus, souligne Loïc Epelboin. Le terrain est donc particulièrement vulnérable à une reprise de la circulation virale.
Dix ans après 2014, l'expérience du passé
"En 2014, on a subi de plein fouet cette épidémie", rappelle l'épidémiologiste. À l'époque, les autorités sanitaires ne disposaient que d'armes limitées : protection individuelle contre les moustiques et lutte antivectorielle. Des moyens utiles mais insuffisants pour endiguer une épidémie qui avait touché des milliers de personnes et laissé des séquelles durables, notamment des douleurs articulaires chroniques. Aujourd'hui, la donne a changé. "Depuis maintenant deux ans, on a deux nouveaux vaccins, qui ont obtenu l'autorisation de mise sur marché en France", se félicite Loïc Epelboin. Une avancée majeure qui permet d'envisager une stratégie proactive.
Le message des médecins est clair : "On a moyen d'anticiper en vaccinant les personnes les plus fragiles et puis probablement plus larges dans les mois à venir avant que l'épidémie survienne." Plutôt que de subir, comme en 2014, ils appellent à une campagne de vaccination préventive ciblée sur les populations à risque. Le chikungunya, bien que rarement mortel, peut provoquer des douleurs articulaires invalidantes qui persistent pendant des mois, voire des années. Les personnes âgées et les personnes fragiles sont particulièrement vulnérables aux formes sévères de la maladie.
Un vaccin sous surveillance
Pourtant, l'utilisation du vaccin n'est pas sans susciter des interrogations. Le vaccin Ixchiq, développé par le laboratoire français Valneva, a connu un parcours chaotique. Début 2025, une épidémie majeure a frappé La Réunion. La vaccination déployée en urgence a été rapidement suspendue après plusieurs signalements d'effets graves chez des personnes âgées, dont au moins un décès. Face à ces signalements, la France a suspendu l'utilisation du vaccin chez les plus de 65 ans. L'Union européenne, après évaluation, a réautorisé Ixchiq en juillet 2025, estimant que les effets secondaires ne remettaient pas en cause son intérêt. Mais la France a maintenu sa prudence : le vaccin reste contre-indiqué pour les seniors en attendant une nouvelle évaluation prévue début 2026.
Un bilan contrasté des effets indésirables
L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a publié lundi 23 mars 2026 un nouveau bilan des effets indésirables liés au vaccin. Depuis le début de la vaccination, 62 cas d'effets indésirables ont été déclarés en France, dont 21 cas graves. Sur la période du 2 juin au 31 août 2025, 15 nouveaux cas ont été enregistrés, dont trois cas graves. Aucun nouveau décès n'a été signalé. L'ANSM rappelle que le vaccin est contre-indiqué chez les personnes immunodéprimées et confirme un risque rare d'encéphalopathie et d'encéphalite chez les personnes âgées présentant des maladies associées. Le risque de méningite aseptique post-vaccination, déjà identifié chez les seniors, est désormais également surveillé chez les jeunes adultes en bonne santé.
Un défi pour les autorités sanitaires
Face à ces éléments contrastés, un risque épidémique réel, mais des réserves sur le vaccin pour les populations les plus âgées, les autorités sanitaires devront trancher. La tribune des six médecins arrive à point nommé pour relancer le débat et pousser à l'action. En Guadeloupe, en Martinique et en Guyane, l'attente est grande. Les populations, qui ont connu les douleurs du chikungunya il y a dix ans, redoutent un retour du virus. Et si la vaccination peut protéger, encore faut-il qu'elle soit accessible et adaptée à tous les publics.
Le message des médecins est donc aussi un appel à la responsabilité : anticiper plutôt que subir. Car comme le rappelle Loïc Epelboin, "on a tout ce qu'il faut" pour que l'épidémie survienne. Reste à savoir si les leçons du passé seront entendues.
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