Local News

Cocaïne : l’épidémie qui ronge les visages

01 January 2026
Promote your business with NAN

Saignements, croûtes, trous dans la cloison nasale : derrière l'image de la cocaïne se cache une réalité médicale glaçante. Les chirurgiens font face à une explosion de "nez de coke", des lésions dévastatrices qui touchent aussi bien les gros consommateurs que les occasionnels.

Le constat, sur la table d'opération, est toujours le même. Pour le Dr Thomas Jacques, chirurgien ORL à Londres, c'est une litanie de nez mutilés : septums perforés, arêtes effondrées, tissus morts. Un fléau lié à une seule et même cause, une poudre blanche dont la consommation explose. Chaque année, 117 tonnes de cocaïne sont sniffées au Royaume-Uni. En France, 2,1 millions de personnes l'ont déjà goûtée. Dans son sillage, un dommage corporel spectaculaire et longtemps ignoré se propage : la destruction lente et souvent irréversible du nez.

Le "nez de coke" n'est plus l'apanage des toxicomanes invétérés. "Il semble y avoir des patients chez qui cela peut causer beaucoup de dégâts à partir d'un usage récréatif occasionnel", alerte le Dr Thomas Jacques. Son témoignage, relayé par le Daily Mail, brise un mythe : même une consommation festive peut avoir un prix exorbitant pour la santé. Le "coke nose" désigne des perforations de la cloison nasale (le septum) causées par une privation d'oxygène des tissus. "Certains patients rapportent une inflammation et une destruction sévère, même avec de petites quantités", observe le spécialiste. Un avertissement qui résonne après les confessions de Paris Jackson, révélant sur TikTok sa propre perforation nasale due à une consommation passée. Un phénomène transversal, qui concerne tous les âges et tous les milieux, tandis que les chiffres grimpent : 1,1 million de consommateurs en France en 2023, un nombre presque doublé depuis 2017.

Comment la poudre blanche assassine le nez

Le mécanisme est aussi implacable que méconnu. La cocaïne est un vasoconstricteur puissant : elle resserre violemment les vaisseaux sanguins. Sniffée, elle asphyxie littéralement la fine muqueuse nasale. "Environ vingt minutes après la prise, la muqueuse est déjà altérée. La cicatrisation est bloquée", décrypte le Pr Justin Michel, ORL au CHU de Marseille, pour Slate. Ensuite, c'est un cercle vicieux : l'effet s'estompe, la consommation reprend, des saignements apparaissent, formant d'épaisses croûtes. Pour respirer, on les arrache, aggravant les lésions.

D'un simple nez bouché, on passe rapidement aux saignements répétés, aux difficultés respiratoires, jusqu'à la perforation ouverte. Et les dégâts peuvent dépasser le nez. "Nous avons vu un cas où l'os entre le nez et le cerveau était détruit, entraînant une méningite", rapporte le Pr Michel.

Un cocktail explosif : cocaïne coupée et produits vétérinaires

Le danger est démultiplié par la composition des produits de rue. Pour augmenter les volumes et les effets, la cocaïne est coupée avec des substances souvent plus toxiques qu'elle. "On y trouve du lévamisole, un vermifuge pour chiens, et de la phénacétine, un analgésique vétérinaire", explique le Dr Natarajan Balaji, président de la British Society of Facial Plastic Surgery. Mélangés à des acides corrosifs, ces adjuvants créent un cocktail dévastateur qui accélère la nécrose des tissus dès les premières prises.

La reconstruction est un parcours du combattant, et son préalable est absolu : l'arrêt total et définitif de la cocaïne. Sans abstinence, aucune greffe ou suture ne tiendra. Pour les petites perforations, des soins locaux (crèmes, lavages) peuvent aider. Pour masquer un trou et ses désagréments (sifflements à la respiration, croûtes permanentes), les chirurgiens peuvent poser un "septal button", un petit bouton de silicone. Les chirurgies de reconstruction sont des opérations lourdes, souvent en plusieurs temps, avec un taux de succès ne dépassant pas 80%. Dans les cas les plus graves, lorsque les tissus sont totalement détruits, il n'y a parfois plus rien à réparer.

Une alerte sanitaire majeure

Face à cette vague de mutilations, les ORL tirent la sonnette d'alarme. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) liste la cocaïne parmi les drogues aux complications médicales les plus graves. La banalisation de son image, notamment en milieu festif, occulte des risques physiques dévastateurs. Le message des médecins est sans appel : le nez est la première victime. Des signaux d'alerte comme des saignements récurrents, des croûtes qui ne partent pas, des douleurs ou une difficulté à respirer doivent conduire à consulter en urgence. Derrière ces symptômes se cache peut-être une destruction silencieuse, un rappel cruel que la cocaïne laisse une empreinte indélébile, non seulement sur une vie, mais aussi sur un visage.