Corruption, favoritisme, détournements : en Guadeloupe, les atteintes à la probité restent très élevées
Alors qu’en France métropolitaine le nombre d’infractions liées à la corruption, au trafic d’influence ou aux détournements de fonds publics a fortement augmenté en 2025, la Guadeloupe affiche des taux parmi les plus préoccupants.
En 2025, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 1 125 infractions d’atteinte à la probité (corruption, trafic d’influence, prise illégale d’intérêts, détournement de fonds publics, favoritisme, concussion). C’est 16 % de plus qu’en 2024 et une progression de 45 % depuis 2022. La corruption représente à elle seule 451 de ces infractions. La hausse est principalement portée par les actes de corruption (+ 35 % par rapport à 2024) et par la catégorie « autres atteintes » (+ 51 %). Les auteurs de ces infractions sont majoritairement des hommes (84 %), plus âgés que la moyenne des délinquants : 53 % des mis en cause ont 45 ans ou plus.
Entre 2016 et 2025, la France métropolitaine enregistre en moyenne 1,2 infraction pour 100 000 habitants par an. Dans les DROM (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte), le taux annuel moyen oscille entre 2,4 et 5,4 pour 100 000 habitants, soit deux à quatre fois plus. En Corse, il atteint même 5,9 à 6,3. Sur la période, ce sont en moyenne 69 infractions par an dans l’ensemble des DROM, dont 57 ont été comptabilisées en 2025 (chiffre provisoire). La Guadeloupe contribue naturellement à ce volume, même si le rapport ne ventile pas par département. La carte produite par Interstats place la Guadeloupe dans la catégorie « entre 4,2 et 8,8 infractions pour 100 000 habitants », soit un niveau de risque comparable à celui de la Corse. Les collectivités d’Outre-mer (Polynésie, Nouvelle-Calédonie, etc.) présentent également des taux élevés, avec une moyenne annuelle de 4,2 en Polynésie et 2,1 en Nouvelle-Calédonie. Le nombre d’infractions y reste faible en valeur absolue, mais la proportion est forte.
Corruption dans le secteur public et trafics : des liens souvent invisibles
Parmi les infractions connexes aux atteintes à la probité, la moitié relèvent de la fraude ou de la tromperie (faux, contrefaçon). 7 % sont en lien avec le trafic de stupéfiants, une proportion faible mais préoccupante. Dans ces dossiers, la corruption est majoritaire (56 % de corruption active, 33 % passive). Mais les enquêteurs et magistrats soulignent que cette infraction est rarement retenue car difficile à caractériser ; le phénomène réel est donc probablement sous-estimé. La corruption dans le secteur public (agents publics, services de l’État, collectivités) représente les deux tiers des cas de corruption professionnelle enregistrés entre 2016 et 2025, avec une hausse de 41 % sur la deuxième moitié de la période.
Des victimes qui portent rarement plainte
Selon l’enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité » (VRS), 188 000 personnes (0,4 % de la population majeure) déclarent avoir été confrontées à une situation de corruption dans le milieu professionnel en 2023. Pourtant, dans les procédures clôturées entre 2016 et 2023, moins de 1 % de ces victimes physiques ont déposé plainte. La plupart des procédures sont ouvertes à la suite de signalements ou de constatations des forces de l’ordre.
Des victimes qui portent rarement plainte
Selon l’enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité » (VRS), 188 000 personnes (0,4 % de la population majeure) déclarent avoir été confrontées à une situation de corruption dans le milieu professionnel en 2023. Pourtant, dans les procédures clôturées entre 2016 et 2023, moins de 1 % de ces victimes physiques ont déposé plainte. La plupart des procédures sont ouvertes à la suite de signalements ou de constatations des forces de l’ordre.
Pour la Guadeloupe et les autres DROM, ces chiffres posent question. La concentration de ces infractions dans les territoires insulaires et la Corse peut s’expliquer par des réseaux de proximité plus denses, une moindre rotation des élites, ou encore des dispositifs de contrôle moins puissants qu’en métropole. L’Agence française anticorruption (AFA) et les parquets locaux multiplient néanmoins les actions de sensibilisation et de contrôle. « Ces territoires ne sont pas plus corrompus, mais les mécanismes de détection y sont plus efficaces aujourd’hui », nuance une source proche du rapport. Reste que le nombre élevé d’infractions pour 100 000 habitants doit inciter les citoyens à signaler tout fait suspect.
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