Cuba – États-Unis : sanctions, drones et blocus, la Havane prévient d’un « bain de sang »
Tandis que Washington annonce de nouvelles sanctions contre le renseignement cubain et une dizaine de hauts responsables, le président Miguel Díaz-Canel met en garde : toute attaque américaine contre l’île provoquerait « un bain de sang aux conséquences incalculables ».
Le ministère américain des Finances a ajouté le principal service de renseignement cubain ainsi qu’une dizaine de hauts responsables à la liste des entités et personnes sous sanction du Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC). Parmi eux figurent Esteban Lazo, président de l’Assemblée nationale et du Conseil d’État, trois ministres (Justice, Énergie, Communications) et quatre généraux, dont le chef du contre-espionnage militaire, José Miguel Gómez del Vallín. Le ministère de l’Intérieur et la Police nationale révolutionnaire, déjà accusés de réprimer violemment les manifestations, sont à nouveau visés.
Le secrétaire d’État Marco Rubio, qui avait déjà annoncé des mesures contre le conglomérat militaire Gaesa, a prévenu que d’autres sanctions suivront. L’inscription sur la liste OFAC interdit à toute personne ou entreprise américaine, ou ayant une filiale aux États-Unis, de commercer avec les entités sanctionnées et gèle leurs avoirs sur le sol américain.
Drones, base de Guantánamo et menace d’intervention
Selon le média américain Axios, citant des renseignements classifiés, Cuba aurait acquis plus de 300 drones militaires et étudierait des scénarios d’utilisation près de la base américaine de Guantánamo (est de l’île). Des responsables à Washington s’inquiètent d’une « menace croissante » liée à la proximité de ces capacités. Le président Díaz-Canel a réaffirmé que Cuba « ne représente pas une menace et n’a ni plans ni intentions agressives ». Mais il a revendiqué « le droit absolu et légitime de se défendre face à une offensive militaire ». L’ambassadeur cubain à l’ONU a accusé Washington de « fabriquer un prétexte » pour justifier une éventuelle action militaire, estimant que l’hypothèse d’une attaque cubaine contre les États-Unis n’a « aucun sens ».
Depuis janvier, Donald Trump a signé un décret qualifiant Cuba de « menace exceptionnelle » pour la sécurité nationale, multipliant les menaces de « prendre le contrôle » de l’île et évoquant l’envoi d’un porte-avions. Pourtant, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est récemment rendu à La Havane pour une rencontre exceptionnelle avec de hauts responsables cubains, alors que les deux pays poursuivent des discussions dans un climat de tension extrême.
Blocus pétrolier : des coupures d’électricité de plus de vingt heures
Outre l’embargo historique (1962), Washington impose depuis janvier un blocus pétrolier total, n’autorisant qu’un seul pétrolier russe à accoster. La semaine dernière, le gouvernement cubain a reconnu ne plus avoir de diesel ni de fioul pour alimenter les groupes électrogènes qui complètent la production des sept centrales thermoélectriques du pays. Résultat : des coupures d’électricité dépassent vingt heures par jour dans la capitale et peuvent durer des journées entières en province, provoquant des manifestations de mécontentement dans plusieurs quartiers de La Havane.
Dans ce contexte, une nouvelle cargaison d’aide humanitaire mexicaine, la cinquième depuis février, est arrivée lundi 18 mai. Un soutien apprécié, mais insuffisant face à l’ampleur de la crise.
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