Élections en Haïti : 320 partis enregistrés, le clan Martelly manque à l’appel
C'est un paradoxe haïtien dont Port-au-Prince a le secret. Alors que le pays s'enfonce dans une crise sécuritaire chronique, la classe politique a répondu avec une frénésie inattendue à l'appel des urnes. Ce jeudi 13 mars 2026, à la clôture des inscriptions pour les premières élections générales en dix ans, le Conseil électoral provisoire (CEP) a enregistré pas moins de 320 partis et groupements politiques. Mais un nom manque cruellement à cette liste pléthorique : le PHTK, la machine électorale qui a dominé la dernière décennie.
Le Parti haïtien tèt kale (PHTK), qui a porté au pouvoir Michel Martelly et Jovenel Moïse (le Président haïtien assassiné le 7 juillet 2021), a choisi de ne pas aligner de candidats. Liné Balthazar, président du parti, a confirmé cette absence sans toutefois en livrer toutes les clés, se contentant de déclarer que “ les gens comprendront pourquoi à l'avenir “. Plusieurs facteurs expliqueraient ce retrait apparent :
- Déficit de réputation : Marqué par les sanctions internationales visant plusieurs de ses cadres, le PHTK semble opter pour une cure d'ombre ;
- Bataille juridique : À l'instar de la plateforme Vérité (fondée par René Préval), également absente, les querelles internes et le manque de reconnaissance légale par le ministère de la Justice paralysent certains poids lourds ;
- Influence souterraine : Pour de nombreux observateurs, le clan Martelly ne quitte pas le jeu mais change de méthode, préférant exercer son influence sur le gouvernement de transition actuel d'Alix Didier Fils-Aimé plutôt que de s'exposer directement au suffrage.
Un scrutin sous haute tension sécuritaire et financière
L'organisation de ce vote, prévu pour l'été 2026, ressemble à un saut dans l'inconnu. Les obstacles sont titanesques :
- Le contrôle des gangs : Environ 60 % de l'électorat réside dans des zones sous influence de groupes armés ;
- Le défi logistique : Plus de 1,4 million d'Haïtiens sont déplacés internes, rendant leur recensement extrêmement complexe ;
- Le gouffre financier : Le coût du scrutin est estimé à 240 millions de dollars. À ce jour, l'État haïtien ne peut en financer que la moitié.
- Le calendrier reste néanmoins maintenu. La liste finale des partis agréés sera publiée le 26 mars 2026. L'inscription des électeurs doit, quant à elle, débuter le 1er avril 2026, date coïncidant symboliquement avec l'arrivée attendue des premiers renforts de la Force internationale de répression des gangs.
Des soupçons de manipulation du Conseil électoral Provisoire (CEP)
Le processus n'est pas exempt de tensions politiques. André Michel, figure de l'opposition et avocat, a dénoncé ce vendredi 13 mars 2026 des tentatives de déstabilisation du CEP. Selon lui, certains secteurs proches du Premier ministre chercheraient à remplacer les deux tiers des membres du Conseil pour influencer les futurs résultats. Ces accusations de “ manipulation “ illustrent la fragilité d'un consensus politique où chaque camp craint que la transition ne serve de tremplin aux intérêts de quelques privilégiés.
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