Loin du glamour des défilés de mode de Paris, Milan ou Londres, des ateliers de tissage du cachemire installés dans une vieille région minière écossaise tentent d'attirer de jeunes talents et de leur réapprendre des techniques en voie de disparition.
Réputée pour ses tweeds, laines et cachemires de luxe, l'industrie textile écossaise a connu un fort déclin ces dernières décennies. Des dizaines de manufactures ont fermé, fragilisées par une concurrence étrangère bon marché et une main d'œuvre vieillissante, partie à la retraite avec son savoir-faire.
Dans les ateliers Alex Begg, qui travaillent le cachemire depuis 1902 à Ayr, sur la côte ouest de l'Écosse, Maria Wade, 61 ans, est aux premières loges pour constater cette tendance.
"Raccommodeuse de laine brut", son métier consiste à inspecter et ravauder à la main tout défaut du tissu, avant qu'il ne soit lavé, découpé et expédié dans le monde entier.
"Il n'y a pas beaucoup de gens qui reprisent du cachemire brut", regrette-t-elle. "C'est un métier en voie de disparition."
La direction de l'usine - qui fournit de grandes marques de luxe, dont elle préfère taire les noms - s'est néanmoins engagée dans un vaste programme de rajeunissement et de formation de son personnel.
Lorsque Lorna Dempsey, directrice de la transformation technique, a rejoint Alex Begg il y a plus de 25 ans, l'âge moyen était "assez élevé", "autour de 50 ans et plus", dit-elle à l'AFP.
Il a désormais été ramené à 40 ans en moyenne pour ses 150 employés.
Savoir-faire perdu
Le défi est de taille, car les personnes intéressées par des carrières dans la mode se tournent généralement vers Glasgow, à une heure de route plus au nord, ou bien plus loin.
"Nous n'avons pas beaucoup de compétences dans la région de l'Ayrshire, donc il est très difficile de trouver du personnel qualifié", regrette Lorna Dempsey.
L'essor de la "fast fashion" a aussi compliqué le recrutement de jeunes gens avec un savoir-faire manufacturier.
"Beaucoup de nos opérations relèvent clairement d'un savoir-faire ancien", dit-elle, à une époque où les gens ne savent même plus "repriser leurs chaussettes".
Le partenariat de l'usine avec la King's Foundation - organisation caritative fondée par le roi Charles III et dont le siège se trouve à proximité - a néanmoins contribué à renverser la tendance.
La fondation propose des formations visant à pallier "un déficit de compétences dans l'industrie textile britannique".
Les stagiaires découvrent les lignes de production, les chaînes d'approvisionnement, le travail avec différents matériaux et le design durable - des compétences souvent non enseignées dans les écoles de mode, selon les employeurs. Avant d'effectuer des stages dans des ateliers écossais comme Alex Begg.
"Trésor caché"
Certains parviennent ensuite à enchaîner avec un véritable emploi. Comme Emma Hyslop, 28 ans, qui, embauchée chez Alex Begg, sait désormais passer avec dextérité un tissu en cachemire sombre dans le châssis d'une machine à franges - pour un produit fini destiné à une marque de luxe espagnole.
Après avoir décroché un diplôme de design dans une université de Glasgow, Emma Hyslop a suivi un cours de six semaines avec la King's Foundation, qui lui a fait découvrir la manufacture située à côté de chez elle.
"J'ignorais tout de l'existence de cet endroit", explique-t-elle.
"Nous sommes un véritable trésor caché", affirme Lorna Dempsey. "C'est donc notre travail, notre héritage, de continuer à faire venir des personnes dans nos entreprises manufacturières, et de faire revivre ces compétences."
La cause est chère au roi, qui a assisté jeudi à l'ouverture de la Fashion Week de Londres et rencontré des apprentis "soutenant les savoir-faire patrimoniaux et la durabilité".
Si se lancer dans la mode de luxe en Écosse reste "difficile", Nicole Christie, qui a fondé sa propre griffe durable pour femmes, Ellipsis, après une formation avec la King's Foundation en 2020, ne regrette pas d'avoir tenté sa chance.
Son diplôme de mode en poche, elle avait songé à "partir vers le sud", mais a décidé de rester à Glasgow.
"Je suis vraiment fière de faire ça ici, et j'espère vraiment qu'un jour, je pourrai offrir des opportunités à d'autres personnes", dit-elle.
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• Andy BUCHANAN

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