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États-Unis – Cuba : des pourparlers secrets à La Havane malgré les tensions

22 April 2026
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Alors que les relations entre Washington et La Havane n'ont jamais été aussi tendues depuis l'arrivée de Donald Trump au pouvoir, une rencontre diplomatique de haut niveau s'est tenue au mois d'avril à La Havane.

Les rumeurs enflaient depuis plusieurs jours. Vendredi, le média américain Axios affirmait que de hauts responsables américains avaient rencontré le 10 avril à La Havane des responsables cubains, parmi lesquels Raúl Castro, le petit-fils de l'ancien dirigeant Raúl Castrotère cubain des Affaires étrangères a officiellement confirmé l'information.

“Une rencontre entre les délégations cubaine et américaine s'est tenue récemment ici à Cuba”, a déclaré Alejandro Garcia, sous-directeur général chargé des relations bilatérales avec les États-Unis, au quotidien d'État Granma. Le diplomate a précisé que la réunion avait eu lieu à un haut niveau : des secrétaires adjoints du Département d'État côté américain, et des vice-ministres des Affaires étrangères côté cubain. M. Garcia a évoqué “un sujet sensible” devant être géré “avec discrétion”. Une discrétion qui traduit la fragilité d'un dialogue mené sous le feu des projecteurs médiatiques et des pressions politiques.

Raúl Castro, présent “aux analyses pour la prise de décisions”

Jeudi, Mariela Castro, la fille de l'ancien dirigeant cubain Raúl Castro, a déclaré à des journalistes que son père participait “aux analyses pour la prise de décisions” dans le cadre des pourparlers. Une information qui confirme l'implication de l'ancien président, figure historique du régime communiste, dans ces discussions délicates. Selon Axios, le petit-fils de Raúl Castro, Raúl Castrormo Rodriguez Castro, qui n'a aucune fonction officielle au sein du gouvernement mais qui fait office de chef de la sécurité de son grand-père, avait déjà été mentionné par des médias américains comme ayant rencontré des responsables proches du chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, dans le cadre de conversations secrètes.

Si les deux parties discutent, c'est d'abord sous la pression des sanctions énergétiques imposées par Washington. Depuis janvier, les États-Unis ont imposé à Cuba des restrictions drastiques à ses importations de pétrole, une décision que La Havane qualifie de “siège énergétique”. “La levée du siège énergétique contre notre pays a constitué une priorité absolue pour notre délégation”, a déclaré Alejandro Garcia, dénonçant “une punition injustifiée infligée à l'ensemble de la population cubaine”. Le diplomate a également dénoncé le “chantage” de Washington contre les pays souhaitant exporter du pétrole à Cuba. Malgré ces pressions, un pétrolier russe est arrivé sur l'île fin mars, signe que La Havane cherche des alternatives pour contourner les sanctions américaines.

Des exigences américaines et des gestes cubains

Selon Axios, les diplomates américains ont mis sur la table plusieurs exigences, notamment la libération de prisonniers politiques. De son côté, Alejandro Garcia a fermement rejeté l'idée que des “demandes comminatoires” aient été formulées : “Dans le cadre de la réunion, aucune des parties n'a fixé d'échéances ni formulé de demandes comminatoires, comme l'ont indiqué certains médias américains. Tous les échanges se sont déroulés de manière respectueuse et professionnelle”. La Havane a tenté d'apaiser les tensions par des gestes symboliques. La veille de la confirmation des pourparlers, Cuba a annoncé la remise en liberté de 51 prisonniers comme preuve de “bonne volonté” à l'égard du Vatican, médiateur historique entre les deux pays. Puis, le 4 avril, le régime a gracié plus de 2 000 prisonniers pour la Semaine sainte, un “geste humanitaire et souverain”.

Mais ces annonces sont accueillies avec scepticisme par les ONG de défense des droits humains. L'organisation Cubalex, basée à Miami, a indiqué récemment que sur les 51 remises en liberté annoncées, elle n'avait pu confirmer que la libération de “24 prisonniers politiques” et qu'aucun détenu pour raison politique n'avait été gracié.

Marco Rubio reste sur ses positions

Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, lui-même d'origine cubaine et fervent opposant au pouvoir communiste, n'a pas mâché ses mots. Il a jugé que les mesures annoncées par La Havane étaient loin d'être “suffisantes” et a appelé à un changement économique et politique “radical”. Washington ne cache pas son souhait de voir un changement de régime à La Havane, et les pourparlers actuels ne semblent pas faire fléchir cette position. Alors que le président Donald Trump assurait depuis la mi-janvier que des discussions étaient en cours avec de hauts responsables de l'île, le président cubain, Miguel Díaz-Canel, avait fini par confirmer ces pourparlers deux mois plus tard. Un timing qui montre la méfiance réciproque et la difficulté de dialoguer entre ennemis de longue date.

Une lueur d'espoir ou une nouvelle impasse ?

Malgré les tensions, les deux parties continuent de discuter. Cuba a également annoncé à la mi-mars que les Cubains de l'étranger et leurs enfants, en particulier la communauté émigrée aux États-Unis, pourraient investir sur l'île et y détenir des entreprises dans de nombreux secteurs, y compris l'agriculture et les banques. Une mesure d'ouverture économique qui pourrait être perçue comme un geste en direction de Washington.

Reste à savoir si ces discussions aboutiront à une véritable détente ou si elles resteront lettre morte. L'embargo américain, en vigueur depuis 1962, n'a pas été levé. Les sanctions pétrolières, drastiques, sont toujours appliquées. Et les exigences américaines en matière de droits de l'homme et de libération des prisonniers politiques restent sur la table. La route vers une normalisation des relations entre les deux pays, si tant est qu'elle existe encore, est plus que jamais semée d'embûches.