Très proche de l'artiste Michel Rovelas, Goodye veut à sa manière, à la manière d'un disciple pour son maître, rendre de son vivant un hommage a celui qui lui a légué toute une manière de pensée, une approche.
L'artiste Goodÿe de son vrai nom Gilles Eugène revient sur sa rencontre avec Michel Rovelas. “J'ai fait partie de cette génération de jeunes plasticiens qui, en 2011, furent invités par Michel Rovélas à exposer sous son commissariat à la Fondation Clément”, souvient-il un peu nostalgique. “Nous étions bien nombreux au départ de sa sélection et il en a gardé six au final : Hébert Edau, Jean-Marc Hunt, Stonko Lewest, Thierry Lima, Sandrine Sioubalack et moi-même, Goodÿe”. Ce moment, pour beaucoup d'entre eux, fut plus qu'une exposition, “c'était une forme de mise à l'épreuve, une initiation à la rigueur du regard et à la responsabilité du geste”. Rovélas, déjà auréolé de son exigence, ne nous a pas simplement encadrés, il nous a placés dans un format de pensée. Il leur avait simplement dit : " Peignez à la mesure de ce que vous portez".
Exigent, il les place dans un format de pensée : peindre quatre grandes pièces sur des toiles carrées de 200 × 200 cm, et six autres formats de 60 × 60 cm. “Je n'ai jamais oublié ce qu'impliquait cette équation du regard entre ce grand carré, empli de la présence du monde, qui voyait son souffle contenu dans le petit carré. Ce jour-là, Michel Rovélas nous a rappelé, si besoin était, que peindre était autre chose que simplement poser de la matière sur une surface, que c'était affirmer un rapport à l'espace, au temps, à l'histoire et à la dignité de la forme. Je l'entends encore me dire, un fameux jour du mois d'août 2010 : " sé kon si ou té ni on bèl fanm é ou bizwen rajouté makiyaj : pou kwa ? " Une phrase simple, une simple phrase, comme il sait les énoncer, mais qui m'a ouvert des portes extraordinaires.
C'est donc avec cette mémoire vivante que j'ai voulu, aujourd'hui, revenir sur un bout de son œuvre, non en disciple, sauf à penser le disciple comme celui qui observe la rigueur d'une discipline, mais en témoin à la fois loin et pourtant si proche…
Rien n'était laissé au hasard
Il savait que la mesure créerait la rigueur, que l'échelle du support imposerait l'échelle de la pensée. Le carré sortait de sa nature de format pour devenir une position du corps face au monde, un acte responsable et non une posture. Dans cet atelier invisible qu'il ouvrait pour nous, j'ai compris que la peinture n'était pas affaire de style, mais d'attitude. Qu'elle demandait la même droiture qu'un arbre, la même endurance qu'une prière. C'est là que son enseignement a changé ma pratique : non pas en me dictant un chemin, mais en m'obligeant à écouter le mien. Quand, deux ans plus tard, il a présenté Mythologies créoles, j'ai reconnu la même tension avec une ascension vers sa quête. Les matériaux hybrides, les totems de bambou et d'acier, les surfaces chargées d'or et de sang semblaient parler d'une autre voix : celle de la réconciliation.
Il m'a apporté une confirmation sur ce que je vivais depuis longtemps dans mon enfance, et, depuis mes débuts, dans la profession, le 9 novembre 2000, que l'art est bien plus qu'un métier de formes colorées décorant des espaces, c'est un métier de lien, tout en étant ancré, pour tisser la trame de l'étoffe des époques, des peuples, des couleurs, et des voix. Et que, dans le chaos des modernités précipitées de l'urgence de visibilités, la seule rigueur qui vaille est celle du regard juste. “Peindre, disait-il, c'est tenir debout à la verticale de soi-même, c'est inscrire dans la matière la part du ciel que l'on porte”. Alors chercher à juger, ou à décrire Rovélas, est bien moins important que de le faire résonner, de faire entendre ses silences entre les lignes, de faire circuler ce Souffle qu'il a laissé dans la peinture guadeloupéenne et caribéenne, et bien au-delà, j'ose espérer, et qui, aujourd'hui encore, nous traverse.
LA PHRASE : Rovélas n'a pas seulement peint, il a ouvert, quoiqu'on puisse penser de l'homme, des passages dans la matière et dans les consciences tant ses œuvres, ses textes, ses gestes de plasticien, d'enseignant ou de commissaire, forment une cartographie de sa mémoire, de la mémoire : un réseau de ponts reliant la blessure à la lumière.
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