Jamaïque : toutes les boissons sucrées taxées face à l’urgence sanitaire
Présentée au Parlement le 12 février 2026, une nouvelle fiscalité frappera l'ensemble des liquides contenant des sucres ajoutés ou des édulcorants dès le trimestre d'avril à juin. Une mesure radicale pour sauver un système de soins saturé, mais qui menace le pouvoir d'achat des ménages modestes en pleine reconstruction post-ouragan.
Le calendrier est désormais officiel. Portée conjointement par la ministre des Finances Fayval Williams et le ministre de la Santé Christopher Tufton le 12 février dernier dans le cadre du budget national, la nouvelle Taxe spéciale de consommation (SCT) entrera en vigueur dès le premier trimestre de l'exercice fiscal 2026-2027 (avril à juin 2026). Fixée à 0,02 dollars jamaïcains par millilitre, cette fiscalité frappe indistinctement toutes les boissons contenant des sucres ajoutés ou des édulcorants synthétiques. En incluant les jus de fruits industriels et les boissons sportives, le gouvernement cible frontalement le régime liquide des Jamaïcains.
L'équilibre précaire entre santé et portefeuille
La production nationale de 20,1 millions de caisses englobe une vaste gamme de produits souvent perçus à tort comme sains. Les thés glacés industriels et les nectars de fruits, omniprésents dans les écoles, entrent dans le champ d'application strict de la taxe dès ce printemps. Le ministre de la Santé justifie cette urgence en qualifiant l'explosion des maladies non transmissibles (MNT) de crise silencieuse pire que la récente pandémie. Le mécanisme financier est direct : augmenter le coût de ces produits pour forcer un basculement de la consommation vers l'eau. Avec un surcoût d'environ 12 dollars jamaïcains pour un format individuel de 600 ml et 40 dollars pour les formats familiaux, l'impact sera immédiat en rayon dès l'application tarifaire prévue pour avril.
En taxant les édulcorants, l'État bloque la stratégie des industriels consistant à remplacer le sucre par des substituts chimiques tout aussi discutables pour la santé métabolique. Le choc pour les foyers : la mesure est transversale. Sans une baisse corrélative du prix de l'eau embouteillée ou un accès facilité à l'eau potable d'ici le mois de juin, la taxe pèsera lourdement sur le budget alimentaire des plus précaires.
Une manne de 10 milliards sous surveillance
Le secteur privé, par la voix d'industriels locaux comme le groupe Wisynco, dénonce d'ores et déjà un calendrier précipité qui pénalisera les consommateurs face à l'inflation.
Avec 10,1 milliards de dollars jamaïcains de recettes attendues pour le seul exercice 2026-2027, la crédibilité de la réforme repose sur l'utilisation des fonds récoltés dès cet été. L'enjeu est de savoir si cette somme sera strictement réinjectée dans le traitement du diabète et la prévention, ou si elle servira avant tout de levier pour équilibrer le budget général de l'État, lourdement grevé par les destructions de l'ouragan Melissa à la fin de l'année dernière. Pour Kingston, il s'agit d'une tentative de restructuration complète de l'industrie agroalimentaire locale. Le succès de la mesure se mesurera à la rapidité avec laquelle les fabricants reformuleront l'ensemble de leur catalogue pour échapper à la surtaxe avant l'échéance d'avril.
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