La Russie libère le chercheur français Vinatier en échange d’un basketteur russe
La Russie et la France ont annoncé jeudi la libération du chercheur français Laurent Vinatier, emprisonné en Russie depuis juin 2024 dans une affaire illustrant les fortes tensions entre Paris et Moscou.
Le service de sécurité russe (FSB) a précisé que Laurent Vinatier avait été libéré en échange du basketteur russe Daniil Kasatkin, détenu en France depuis juin dernier à la demande de la justice américaine qui le soupçonne d'être membre d'un groupe de hackers.
"C'est un immense soulagement", a réagi auprès de l'AFP l'avocat des parents du chercheur, Me Frédéric Bélot.
Cet échange intervient alors que les relations bilatérales se sont fortement dégradées ces dernières années, la France accusant les autorités russes d'actes de déstabilisation tandis que le Kremlin reproche à la France son soutien à l'Ukraine ou encore de censurer les médias russes.
Fin décembre, la possibilité que Laurent Vinatier soit échangé avait néanmoins été soulevée après une annonce surprise de Moscou qui avait déclaré avoir fait une "proposition" à la France dans cette affaire.
Dans un communiqué, le FSB a annoncé que Daniil Kasatkin était rentré jeudi en Russie et avait été "échangé" contre Laurent Vinatier.
Le FSB a peu après diffusé une vidéo de la libération de Laurent Vinatier où on le voit écouter un homme lui lire un document lui annonçant qu'il a été "gracié" par le président Vladimir Poutine.
On voit ensuite Laurent Vinatier, vêtu de noir, souriant timidement à plusieurs reprises, sortir d'un centre de détention sous la neige, rouler à l'arrière d'une voiture puis monter à bord d'un petit avion.
Sur ces images, on voit également le basketteur Daniil Kasatkin sortir de cet avion avec des sacs en plastique dans les mains avant de monter dans un véhicule.
La diplomatie française a ensuite annoncé que Laurent Vinatier était rentré en France et avait été accueilli au Quai d'Orsay.
Accusations d'espionnage
Chercheur spécialiste de l'espace post-soviétique, Laurent Vinatier, 49 ans, travaillait au moment de son arrestation pour le Centre pour le dialogue humanitaire, une ONG suisse qui fait de la médiation dans des conflits hors des circuits diplomatiques officiels, notamment s'agissant de l'Ukraine.
Pour sa part, le basketteur professionnel russe Daniil Kasatkin avait arrêté en France en juin 2025 à la demande de la justice américaine qui le soupçonne d'avoir fait partie d'un réseau de hackers et avait demandé à Paris son extradition.
La justice française avait donné fin octobre un avis favorable à son extradition, mais finalement "il n'y a pas eu de décret d'extradition vers les Etats-Unis du Premier ministre" français, a déclaré jeudi à l'AFP Me Frédéric Bélot, l'avocat de Daniil Kasatkin.
En juin 2024, Laurent Vinatier avait été arrêté en Russie puis condamné à trois ans de prison pour ne s'être pas enregistré en tant qu'"agent de l'étranger". L'intéressé avait dit ne pas savoir que c'était obligatoire dans son cas.
Même s'il n'avait pas été déclaré officiellement "agent de l'étranger" par Moscou, il aurait dû se signaler comme tel car, selon la justice russe, il collectait des "informations militaires" pouvant être "utilisées contre la sécurité" de la Russie.
En août dernier, il avait comparu cette fois dans le cadre d'une affaire bien plus grave pour "espionnage", un crime passible de 20 ans de prison en Russie et qui faisait craindre une très lourde condamnation supplémentaire.
Après cette audience à huis clos, il avait déclaré être "fatigué" et avait répondu "oui" lorsqu'une journaliste lui avait demandé s'il s'estimait "otage" du pouvoir russe.
Echanges de prisonniers
Moscou a arrêté plusieurs ressortissants occidentaux pour divers motifs, dont "espionnage", depuis le lancement de l'attaque à grande échelle contre l'Ukraine en 2022, et a procédé à des échanges de prisonniers avec les Etats-Unis.
Fin novembre, trois personnes ont par ailleurs été mises en examen et écrouées à Paris dans le cadre d'une double affaire d'ingérence et d'espionnage économique au profit de Moscou.
En décembre, le président français Emmanuel Macron avait cependant jugé qu'il allait "redevenir utile" pour les Européens de parler à Vladimir Poutine, plutôt que de laisser seuls les Etats-Unis -- qui s'imposent en médiateur principal dans le règlement du conflit ukrainien -- à la manoeuvre dans les négociations.
Lors de sa conférence de presse annuelle, le président Vladimir Poutine avait affirmé "ne rien savoir" de l'affaire Vinatier et avait promis de se "renseigner" sur ce sujet pour "résoudre cette question".
bur/lpt
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