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Lait infantile contaminé : deux bébés morts, Nestlé et Lactalis dans la tourmente d’un scandale mondial

23 January 2026

Alors que deux enquêtes pénales sont ouvertes après le décès de nourrissons à Bordeaux et Angers, le rappel massif de laits Guigoz et Nidal (Nestlé) pour risque de "céréulide" secoue la confiance des parents.

La tragédie a frappé deux familles. À Bordeaux, un nourrisson né le 25 décembre est décédé le 8 janvier après avoir présenté des troubles digestifs. À Angers, une petite fille de 27 jours est morte le 23 décembre. Dans les deux cas, les bébés avaient consommé du lait infantile Guigoz faisant partie du vaste rappel lancé par Nestlé le 5 janvier, en raison d'une possible contamination par la bactérie Bacillus cereus. Les parquets de Bordeaux et Angers ont ouvert des enquêtes pour "homicide involontaire" afin de déterminer un éventuel lien de causalité, non établi à ce stade par les autorités sanitaires.

Le rappel concerne des laits des marques Guigoz et Nidal, produits par Nestlé. La menace identifiée est la présence potentielle de "céréulide", une toxine produite par la bactérie Bacillus cereus. Cette substance peut provoquer, dans les heures suivant l'ingestion, de violents troubles digestifs : vomissements et diarrhées sévères. La découverte de cette toxine dans des produits aussi sensibles et fortement réglementés que les laits infantiles soulève de graves questions sur les chaînes de contrôle.

"Un problème de préservation des preuves" : l'avertissement des avocats

Face à la crise, l'avocate spécialiste en sécurité alimentaire Nathalie Goutaland lance un cri d'alarme sur franceinfo. Elle exhorte les parents dont les enfants ont présenté des symptômes à ne pas jeter les boîtes de lait suspectes. "Conservez les laits (...), et surtout ne les remettez à quiconque d'autres qu'aux autorités", insiste-t-elle, dénonçant un "problème de préservation des preuves". Elle pointe également la difficulté d'accès à un laboratoire d'analyse unique en France, accessible seulement via les autorités.

L'onde de choc est planétaire. Le rappel de Nestlé touche une soixantaine de pays. Mercredi, le groupe français Lactalis a à son tour annoncé un retrait massif de lots dans plusieurs pays, dont la France. Selon les ministères de l'Agriculture et de la Santé, l'origine du problème serait commune : un ingrédient fourni par un sous-traitant chinois. Il s'agit d'une "huile riche en acide arachidonique", un acide gras de synthèse (oméga-6) utilisé dans la formulation de certains laits. Tous les fabricants mondiaux ayant utilisé cette huile sont désormais contraints d'analyser leurs lots.

Les conseils des autorités face à la psychose

Interrogée sur RMC/BFMTV, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a assuré que tous les lots concernés "ont été retirés" de la vente. Elle a adressé des conseils aux parents : vérifier les numéros de lot sur le site RappelConso.gouv.fr. En cas de doute, il faut "mettre [la boîte] de côté" et en acheter une autre. Si un enfant a consommé un lait rappelé et présente des symptômes (vomissements, diarrhée), il est impératif de consulter un médecin. La ministre nuance toutefois en rappelant la circulation active de gastro-entérites.

Le PDG de Nestlé, Philipp Navratil, a présenté des excuses mi-janvier, face aux accusations de lenteur. L'association de consommateurs Foodwatch a annoncé le dépôt d'une plainte contre X pour "faire la lumière" sur l'affaire, affirmant que "des millions de nourrissons dans le monde sont concernés". Les ministères qualifient la situation d'alerte "d'ampleur, qui reste évolutive", promettant une "surveillance continue". Pour des millions de parents, la question fondamentale demeure : comment un tel défaut a-t-il pu échapper aux contrôles des géants de l'agroalimentaire et des autorités ?