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Lait infantile : la toxine retrouvée en dose “anormale” dans le biberon du bébé décédé à Angers

06 March 2026
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Plus de deux mois après la mort d'Isis, une petite fille de 27 jours décédée le 23 décembre à Angers, les analyses du lait infantile qu'elle avait consommé viennent de révéler un taux "radicalement anormal" de toxine céréulide. Les avocats de la famille ont rendu publics ces résultats ce vendredi 6 mars.

Les résultats sont tombés comme un couperet. Dans le pot de lait infantile de marque Guigoz (groupe Nestlé) consommé par la petite Isis dans les heures précédant sa mort brutale, les analyses ont mis en évidence une présence "anormalement élevée" de toxine céréulide. Selon les informations du Courrier de l'Ouest, confirmées par plusieurs médias, la dose retrouvée serait trois fois supérieure à la limite autorisée. Un chiffre qui donne la mesure de la contamination et qui relance avec une acuité tragique la question de la responsabilité des fabricants dans ce scandale sanitaire.

Dans un communiqué transmis à la presse, les avocats de la famille, Mes Sophie Lodeho et Pascal Rouiller, se montrent prudents malgré la gravité des faits. "Si un taux radicalement anormal de toxine céréulide dans le lot expertisé a ainsi été relevé, reste à établir que cette situation explique médicalement le mécanisme de mort", écrivent-ils. Une précaution compréhensible alors que l'enquête judiciaire se poursuit et que d'autres analyses doivent encore être menées pour établir formellement le lien de causalité entre la consommation du lait contaminé et le décès du nourrisson.

Une enquête ouverte depuis décembre

Le parquet d'Angers avait ouvert une enquête dès le mois de décembre pour rechercher les causes de la mort de la petite fille, décédée le 23 décembre à son domicile. En janvier, le procureur Éric Bouillard avait indiqué que la mère avait contacté les enquêteurs pour évoquer une boîte de lait Guigoz qu'elle avait donnée à son bébé, une boîte qui "appartenait aux lots rappelés". Joint par Le Courrier de l'Ouest ce vendredi, le procureur n'a pas souhaité commenter ces nouvelles informations, se contentant de rappeler que "l'enquête est toujours en cours, des analyses sont toujours en cours".

Le drame d'Angers s'inscrit dans un contexte plus large de crise sanitaire autour des laits infantiles contaminés. Depuis décembre 2025, plusieurs marques, Nestlé (Guigoz, Nidal), Danone, Lactalis ont procédé à des rappels massifs de leurs produits dans des dizaines de pays. La toxine céréulide, produite par la bactérie Bacillus cereus, peut provoquer des vomissements et des diarrhées sévères chez les nourrissons. Au total, ce sont trois décès qui sont actuellement examinés par la justice française, ainsi qu'une quinzaine d'hospitalisations.

Une piste chinoise ?

L'origine de la contamination a été identifiée : elle proviendrait d'un ingrédient, l'huile d'acide arachidonique (ARA), fourni par un sous-traitant chinois, la société Cabio Biotech, basée à Wuhan. Cet additif, destiné à reproduire les propriétés du lait maternel, aurait été à l'origine de la présence de la toxine dans les poudres de lait. Nestlé a depuis changé de fournisseur et multiplie les communications pour tenter de rassurer les consommateurs, affirmant que "la sécurité et le bien-être des bébés sont notre priorité absolue".

Cinq enquêtes judiciaires ouvertes

Face à l'ampleur du scandale, le parquet de Paris a ouvert le 30 janvier cinq enquêtes distinctes visant les principaux fabricants : Nestlé, Lactalis, Danone, Babybio et La Marque en moins. Elles ont été confiées à l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (Oclaesp) et à la Brigade nationale d'enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP). Les chefs de poursuite sont lourds : tromperie sur les produits présentant un risque pour la santé, manquement aux procédures de retrait du marché et mise en danger de la vie d'autrui. De quoi, peut-être, faire la lumière sur ce qui est déjà considéré comme l'un des plus graves scandales sanitaires impliquant l'industrie agroalimentaire depuis l'affaire du lait contaminé à la salmonelle chez Lactalis en 2017.