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Le gouvernement soutiendra une proposition de loi sur la restitution de dépouilles kali’nas à la Guyane

13 April 2026
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La ministre de la Culture Catherine Pégard a annoncé ce lundi (13 avril) que le gouvernement soutiendrait une proposition de loi sénatoriale visant à permettre le rapatriement en Guyane des dépouilles d'Amérindiens kali'nas, conservées dans un musée depuis la fin du XIXe siècle.

" Cette proposition de loi sera examinée au Sénat avant la fin de la session ordinaire " fin juin, et " le gouvernement enclenchera la procédure accélérée " sur ce texte, porté par la sénatrice centriste Catherine Morin-Desailly, a déclaré la ministre à la tribune de l'Assemblée nationale.

" Après 133 ans d'attente, c'est un signal que nous accueillons positivement ", s'est félicité le député de Guyane Jean-Victor Castor, qui a rappelé comment des femmes, hommes et enfants kali'nas avaient " été  arrachés à leur terre, emmenés en France et exhibés dans des zoos humains ".

Leurs corps avaient ensuite été " enterrés " puis " déterrés pour alimenter les collections anthropologiques, notamment celles du Musée de l'Homme ", a-t-il relaté. " Ce ne sont pas des archives, ce sont nos ancêtres. Et depuis plus d'un siècle, leurs descendants demandent une chose simple, les ramener chez eux ".

" C'est une nouvelle historique, un grand pas pour la dignité humaine ", a réagi auprès de l'AFP Corinne Toka Devilliers, présidente de l'association Moliko Alet+Po qui milite pour cette restitution. " J'ai beaucoup pleuré (...). C'est une fierté pour notre peuple que cette proposition de loi soit portée par le gouvernement ", a-t-elle ajouté.

Une fois restituées, les dépouilles rejoindront un mémorial inauguré en août 2024 à Iracoubo, dans le centre de la Guyane, selon Mme Toka Devilliers.

" Cette restitution est très importante car notre histoire ne doit pas rester cachée ", a déclaré à l'AFP Cécile Kouyouri, cheffe coutumière du village de Bellevue-Yanu à Iracoubo, où se trouve le mémorial: " Nos ancêtres ont autant souffert que les esclaves et il a fallu faire tout un travail pour que cette histoire traumatique soit reconnue ".

Un long travail

M. Castor et la ministre s'exprimaient lors de l'examen d'un projet de loi visant à faciliter les restitutions à leurs pays d'origine d'oeuvres d'art pillées durant la colonisation.

Un texte qui ne traite pas d'" un sujet essentiel, la question des restes humains conservés dans les collections publiques, qui font l'objet de demandes de retour en outre-mer ", a expliqué Catherine Pégard.

" Nous avons entendu les requêtes très légitimes de beaucoup de nos concitoyens et de leurs représentants, notamment guyanais, et nous voulons y répondre au plus vite, je m'y engage ", a-t-elle poursuivi.

Si une loi-cadre a été votée en 2023 pour permettre la restitution de restes humains en dérogeant au principe d'inaliénabilité des collections publiques, cette procédure est réservée aux demandes provenant d'Etats étrangers, et ne s'applique donc pas aux outre-Mer.

La proposition de loi visant spécifiquement les restes humains kali'nas, cosignée par les sénateurs Max Brisson (Les Républicains) et Pierre Ouzoulias (communiste), prévoit que les dépouilles " cessent de faire partie " des collections du musée, et soient remises sous un an à la Guyane " à des fins funéraires ".

Jean-Victor Castor a averti qu'il resterait attentif à la " traduction concrète " du texte. Il a rendu hommage au combat mené par Corinne Toka Devilliers, la descendante d'une Amérindienne exhibée, que l'AFP avait rencontrée en 2024. Cela fait plus de 130 ans " qu'ils sont dans un carton ", s'indignait-elle alors.