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29 July 2026
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Le pôle santé mentale du CHU de Cayenne en souffrance

La fermeture provisoire, fin juin, de l’unité d’hospitalisation de pédopsychiatrie du site de Cayenne a mis en exergue des difficultés structurelles plus profondes au sein du pôle santé mentale de l’hôpital. Une autre unité, de psychiatrie adulte cette fois, évoluerait également dans des locaux vétustes jouant sur l’état psychique des patients. 

Des locaux vétustes, des soignants victimes d’agression et des patients de maltraitance, rien ne va plus au pôle santé mentale du CHU (site de Cayenne) où au moins deux unités de soins sont confrontées à de graves difficultés structurelles.

Dans le service « Acajou », une unité d’hospitalisation de pédopsychiatrie accueillant des mineurs présentant des troubles psychiques, seuls six lits sur douze étaient utilisables compte tenu de la vétusté des locaux avant qu’une « mesure de suspension provisoire » de l’activité de soins pour une durée de six mois ne soit prononcée fin juin par la direction du Centre hospitalier universitaire (CHU).

Cette fermeture, à titre conservatoire, intervient à la « suite d’incidents ayant occasionné des blessures parmi le personnel soignant« , indique la communication du CHU. Au moins quatre personnels ont été blessés par un jeune patient qui n’en était pas à sa première agression. Ce mineur a depuis « été placé en psychiatrie adulte, précise Eric Molinier, secrétaire général de l’UTG Santé, ce qui est pourtant interdit« .

Contacté, le CHU justifie cette fermeture provisoire par un « risque identifié pour la sécurité des patients comme des professionnels dans la configuration actuelle des locaux » qui ne disposent, par exemple, d’aucune salle d’apaisement, pourtant un équipement basique de toute unité accueillant des patients présentant des troubles psychiques.

D’après nos informations, les difficultés de cette unité ne se limitent pas aux incidents ayant blessé des personnels. Des actes de maltraitance envers un patient en situation de handicap, attaché au sol à côté de son lit pendant la nuit, ont également eu lieu dans l’unité et ont été signalés par une élève infirmière qui effectuait un stage à Acajou. D’autres faits de maltraitance seraient ensuite remontés au directeur général du CHU, Ahmed El-Bahri, qui a transmis ces informations à l’Agence régionale de santé, conduisant à la suspension provisoire de l’activité de soins d’Acajou.

Le directeur du CHU a en parallèle diligenté une enquête administrative interne « afin d’évaluer les conditions de prise en charge« . Il aurait également signalé les faits de maltraitance à la justice. Cette enquête du CHU est doublée d’une enquête administrative menée par l’Agence régionale de santé (ARS), conformément à ses missions de contrôle des établissements de santé et de sécurité des prises en charge. Contactée, l’ARS n’a pas souhaité s’exprimer davantage, l’instruction des éléments portés à sa connaissance étant « en cours« .

La potentielle réouverture d’Acajou n’interviendra qu’une fois rendues les conclusions de ces enquêtes, pas avant le mois d’octobre. La direction générale du CHU de Guyane évaluera à ce moment-là, en lien avec l’instance de Formation spécialisée santé, sécurité et conditions de travail, la possibilité d’une reprise de l’activité d’hospitalisation au sein de l’unité Acajou.

D’ici-là, les patients pris en charge par cette unité seront hospitalisés à la clinique la Canopée, à Cayenne, à compter du mois d’août, une fois la convention entre le CHU et le groupe Rainbow Santé mise en place. Parallèlement, « des travaux d’aménagement des locaux sont actuellement engagés afin de sécuriser les conditions de prise en charge« , indique le CHU. Ces travaux, devant notamment réfectionner les chambres dont la moitié étaient fermées, étaient attendus de longue date. Le personnel d’Acajou a été replacé dans d’autres services.

Selon une source interne, les difficultés structurelles de l’unité Acajou et les mauvaises conditions d’accueil contribueraient à dégrader l’état psychique des patients. « Les soignants n’ont pas de réponse adéquate autre que la contrainte physique et médicamenteuse à cause de ces locaux vétustes et inadaptés. » La pédopsychiatrie a pourtant été érigée en cause nationale en 2025. Le gouvernement avait dévoilé en juin les détails du « plan santé mentale » dont la priorité est l’amélioration de la prise en charge des troubles psychiques, notamment chez les jeunes.

Mal-être en psychiatrie adulte 

Malgré la volonté du CHU de maîtriser sa communication à notre égard, nous avons découvert que les difficultés structurelles ne se limitent pas à l’unité d’hospitalisation de pédopsychiatrie. L’unité de soin libre de psychiatrie adulte, dénommée « Wassaï », est aussi concernée par de mauvaises conditions d’accueil et de travail. Ce service, qui reçoit des patients suicidaires et propose de la réadaptation au traitement pour les personnes sortant d’unité fermée de psychiatrie, en plus de 4 lits d’addictologie, est lui aussi plus que vétuste.

Les patients y sont accueillis en chambre double, sans possibilité d’intimité « dans les chambres et dans les salles de bain« , souligne un audit interne produit cette année par le CHU dans le contexte de sa demande de certification par la Haute autorité de santé. Selon cet audit que nous nous sommes procuré, et dont les conclusions inquiètent*, les patients de l’unité Wassaï, hospitalisés pour certains suite à des tentatives de suicide, sont exposés à des « mobiliers usagés dangereux accessibles aux patients« .

Outre des « conditions d’hygiène déplorables« , des mauvais traitements infligés aux patients ont été dénoncés par une lettre anonyme placardée dans l’hôpital en mai. L’auteur, qui se présente comme ancien soignant de l’unité Wassaï, y dénonce des vols de nourriture au détriment des patients, des consommations de stupéfiants, un management délétère ou encore des patients laissés à l’abandon.

Suite aux lettres de ce « corbeau », plusieurs agents nommément cités se sont mis en arrêt. L’absentéisme et les postes gelés malgré une charge importante de travail seraient une « vraie problématique du pôle santé mentale, un peu laissé à l’abandon » indique un soignant souhaitant rester anonyme. « Il y a beaucoup de redéploiements pour pallier l’absentéisme, ça n’aide pas à la continuité des soins. »

Selon une autre source, un seul infirmier pour 14 patients de cette unité serait actuellement en poste compte tenu des arrêts maladie. Seules les urgences sont traitées dans ces conditions, les moyens humains pour répondre aux demandes de santé mentale n’étant pas au rendez-vous.

En 2019, un rapport accablant sur la situation des services de psychiatrie avait pourtant été établi par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté. Il dénonçait des conditions de prise en charge « indignes » et des « traitements inhumains ». Depuis, une démarche d’évolution des pratiques a été initiée et des travaux ont été engagés pour moderniser les unités du pôle santé mentale, dont Acajou et Wassaï. « Mais les travaux déjà réalisés n’étaient pas aux normes et ont dû être suspendus« , affirme Eric Molinier de l’UTG Santé. Selon le syndicaliste, la nouvelle direction du CHU se serait saisie du problème et doit relancer un marché public pour permettre la reprise de ces travaux de modernisation, malgré le contexte de déficit budgétaire de l’hôpital évalué à 75 millions d’euros. Souvent décrite comme le parent pauvre de la médecine, la psychiatrie ne déroge pas à la règle en Guyane.

Photo de Une : l’unité d’hospitalisation de pédopsychiatrie du site de Cayenne est fermée pour une durée de six mois suite à plusieurs incidents impliquant personnels et patients © Archives Guyaweb

*Sur 21 critères impératifs en vue d’une certification par la Haute autorité de santé, 9 sont considérés comme insuffisants. L’audit souligne que plusieurs bases de l’hygiène, de la maîtrise de la prise en charge des urgences vitales, du respect de la dignité du patient, de la prévention des risques d’erreur médicamenteuse ou des bonnes pratiques de prescription et d’administration des médicaments, ne sont pas respectées au sein du CHU de Guyane.