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Les familles de deux Trinidadiens tués par une frappe américaine attaquent les États-Unis en justice

28 January 2026

L'administration Trump est visée devant la justice américaine pour ses frappes meurtrières contre des navires suspects dans les Caraïbes. Les familles de deux Trinidadiens tués en octobre, accusent Washington de " meurtres purs et simples ".

Les familles de Chad Joseph, 26 ans et de Rishi Samaroo, 41 ans, ont déposé mardi 27 janvier une action en justice historique devant un tribunal fédéral de Boston. Elles attaquent le gouvernement américain pour une frappe aérienne menée le 14 octobre au large du Venezuela, qui a coûté la vie aux deux hommes, employés dans le pays. Cette plainte, la première du genre directement intentée aux États-Unis contre l'administration Trump concernant ces opérations, est portée par deux poids lourds de la défense des droits : l'ACLU et le Center for Constitutional Rights (CCR).

Le dossier repose sur une accusation lourde : celle d'" exécution extrajudiciaire ". Les plaignants estiment qu'en l'absence de " justification légale plausible ", la mort des deux Trinidadiens constitue " des meurtres purs et simples, dont l'ordre a été donné par des individus au plus haut niveau de l'Etat ". Ils font directement référence à l'annonce faite par le président Donald Trump sur Truth Social le jour de l'attaque, dans laquelle il affirmait avoir tué " six narcotrafiquants ". " Si le gouvernement américain pensait que Rishi a fait quoi que ce soit de mal, il aurait dû l'arrêter, l'inculper et le détenir, pas le tuer ", dénonce sa sœur, Sallycar Korasingh.

Une stratégie juridique pour "obtenir des comptes" et des réparations

Par cette action, les familles réclament une indemnisation, dont le montant serait déterminé lors d'un procès. Au-delà de l'aspect financier, l'objectif est politique et judiciaire. " C'est un pas essentiel pour garantir que des comptes soient rendus, tandis que les personnes responsables pourraient en fin de compte devoir répondre pénalement de meurtre et de crimes de guerre ", a déclaré Baher Azmy, directeur juridique du CCR. Cette plainte ouvre un nouveau front juridique face à une stratégie militaire jusqu'ici justifiée par Washington comme " licite " et ne pouvant donner lieu à des poursuites.

Une campagne de frappes meurtrière et secrète depuis septembre

Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de raids militaires américains intensifs. Depuis septembre, les États-Unis mènent une série de frappes dans les Caraïbes et le Pacifique contre des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue. Un bilan établi par des ONG fait état d'au moins 125 morts. Un point crucial alimente la controverse : Washington n'a jamais rendu publiques de preuves concrètes étayant ses accusations de trafic contre les cibles visées. En décembre, la famille d'un pêcheur colombien tué dans une frappe similaire avait déjà saisi la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH).

La réponse américaine : des opérations "licites" face au narcotrafic

Face aux accusations grandissantes, le ministère américain de la Justice avait, dès novembre, défendu le bien-fondé de ces opérations. Il avait assuré que les frappes contre des bateaux soupçonnés de trafic de drogue étaient " licites " et n'exposaient donc pas les militaires impliqués à des poursuites, rejetant catégoriquement le qualificatif d'" exécutions extrajudiciaires ". Cette plainte déposée à Boston constitue un défi direct à cette ligne de défense et pourrait contraindre l'administration à devoir justifier ses actes devant un juge fédéral.