Liberté de la presse : la République dominicaine leader des Amériques, mais un “bâillon discret” inquiète
La République dominicaine arrive en tête du classement 2025 de l'indice Chapultepec sur la liberté d'expression et de la presse, publié ce mardi par la Société interaméricaine de la presse (SIP). Derrière les chiffres, l'organisation pointe une "stabilité précaire" menacée par des pressions économiques et législatives insidieuses.
C'est une première place qui pourrait en cacher une autre. Selon l'indice Chapultepec 2025, qui évalue les conditions d'exercice du journalisme dans les Amériques sur la période allant du 2 novembre 2024 au 1er novembre 2025, la République dominicaine devance largement ses voisins. Le pays obtient 82,17 points sur 100, loin devant le Chili (77,22) et le Canada (74,48). Un résultat qui place la nation caribéenne comme un îlot de liberté dans une région souvent tourmentée. Pourtant, la SIP met en garde : "Cette stabilité est précaire et menacée par des facteurs qui limitent le plein exercice des libertés fondamentales." Un avertissement qui tempère sérieusement l'enthousiasme.
Car sous les apparences d'un environnement ouvert, la réalité du terrain est plus complexe. La SIP évoque sans détour une période "critique" pour la liberté d'expression en République dominicaine. L'organisation parle même d'un "bâillon discret" qui combine plusieurs menaces. En premier lieu, la fragilité économique des médias. Confrontés à la migration des investissements publicitaires vers les plateformes numériques mondiales, les médias locaux voient leur indépendance éditoriale fragilisée. Cette dépendance financière les expose "aux pressions politiques et commerciales", selon le rapport. Autre point noir : l'utilisation discrétionnaire de la publicité publique. La SIP suggère que l'État utiliserait les budgets de communication comme un outil de contrôle, récompensant les médias dociles et pénalisant les critiques. Un mécanisme d'autant plus redoutable qu'il est silencieux.
Un projet de loi qui fait craindre le pire
Mais la menace la plus concrète est peut-être sur les bureaux du Parlement. La SIP alerte sur le projet de loi créant l'Institut national de la communication (Inacom). Selon l'organisation, ce texte "présente des risques de censure" et pourrait devenir un outil de régulation liberticide. Face à ces dangers, les journalistes dominicains ne restent pas les bras croisés. Le rapport mentionne des protestations récentes contre ce qu'ils perçoivent comme une multiplication des entraves à l'information. Le rapport porte également une contradiction dans l'attitude du pouvoir exécutif. Si le président Luis Abinader tient un discours public favorable à la liberté de la presse, la réalité de son action serait plus ambiguë. La SIP estime que ce discours est "éclipsé par des mécanismes de pression économique", laissant entendre que les paroles ne sont pas toujours suivies d'effets.
Paradoxalement, c'est peut-être à l'occasion d'un événement organisé sur son sol que la République dominicaine a renforcé sa crédibilité internationale. En octobre dernier, le pays a accueilli à Punta Cana la 81e Assemblée générale de la SIP, marquée par la signature de la "Déclaration de Salta II". Un signe que le pays reste un acteur clé du débat sur la liberté de la presse dans la région. Mais la déclaration de la SIP est aussi un avertissement : le leadership ne se mesure pas seulement aux classements, mais à la capacité à résister aux pressions, qu'elles viennent de l'économie ou de la loi.
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