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Mémoire, racisme et mépris : les députés ultramarins haussent le ton dans l’hémicycle

01 April 2026
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Ce mercredi 1er avril à l'Assemblée nationale, le député Max Mathiasin a interpellé le gouvernement sur l'abstention de la France lors du vote à l'ONU qualifiant l'esclavage de "crime contre l'humanité". Un cri d'indignation des outre-mer, rejoint par d'autres voix dénonçant le mépris du gouvernement.

La voix de Max Mathiasin a porté, mardi, dans l'hémicycle. Le député a ouvert son propos par une phrase qui en disait long : “Monsieur le Premier ministre, c'est le choc, l'indignation des peuples ultramarins, c'est l'incompréhension”. Car le 25 mars dernier, à l'ONU, la France s'est abstenue lors du vote sur une résolution qui soulignait que l'esclavage et la traite transatlantique constituent les plus graves crimes contre l'humanité. Pour l'élu, cette abstention est une occasion manquée. “La France a raté l'occasion majeure de rappeler devant le monde entier l'infamie de ces crimes et de faire face à sa propre histoire”, a-t-il martelé.

Max Mathiasin n'a pas mâché ses mots. Il a qualifié l'abstention française de “faute politique”, “faute contre l'histoire”, “faute contre la mémoire”. Selon lui, en se retranchant derrière “les implications juridiques de ce texte ou la mise en concurrence des tragédies”, la France semble vouloir “tout faire pour masquer que l'esclavage a façonné la vie économique et sociale pendant des siècles”. Le député a également dénoncé une tentative de nier “que les inégalités consubstantielles à l'esclavage persistent toujours aujourd'hui dans les structures mêmes de notre société”.

L'indemnisation des propriétaires, jamais celle des victimes

Dans son intervention, Max Mathiasin a rappelé un paradoxe historique douloureux : “La France n'a pas hésité à indemniser les propriétaires d'esclaves après l'abolition de l'esclavage, mais qui étaient les victimes ?” Une question restée sans réponse dans les politiques mémorielles du pays. Il a souligné que ce silence est d'autant plus difficile à entendre que la France se veut “le pays de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen”, qui proclamait dès 1789 que “les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits”.

“Les enfants de la République ont des visages, ils ont des prénoms”

Dans la foulée de cette intervention, Steevy Gustave, député de l'Assemblée nationale, a pris la parole pour exiger du gouvernement des mesures claires afin de protéger les élus visés depuis plus d'une semaine en raison de leur origine ou de leur couleur de peau. “Les enfants de la République ont des visages, ils ont des prénoms. Et ces prénoms racontent la France : Bally. Chahidati. Annah. Leslie. Yahaya. Marieme. Mohamed. Kwami. Aly. Melissa. Adama. Bassi. Abdelkader. Idir. Landry... Ces femmes et ces hommes ont été élus par le peuple français. Leur légitimité ne se discute pas, elle se respecte”. Il a également appelé le président de la République à recevoir ces élus pris pour cible, “pour rappeler solennellement qu'ils ont toute leur place dans la République française”.

Un échange tendu et le ministre du Commerce à la place du Premier ministre

Christian Baptiste, député de l'Assemblée nationale, est ensuite intervenu pour dénoncer une forme de mépris institutionnel. “Alors que mon collègue Max Mathiasin pose une question au gouvernement concernant l'abstention de la France sur le crime contre l'humanité, l'un des crimes les plus abominables, ne voilà-t-il pas qu'il s'adresse au Premier ministre et c'est le ministre du Commerce qui répond. Ahurissant”.

L'élu a poursuivi : “Nous croyons être à l'ère du commerce triangulaire. C'est irresponsable, parce qu'en réalité, c'est un mépris au plus haut point. Il est inadmissible quand on s'adresse à un Premier ministre qui est présent, alors que c'est un autre ministre qui répond et que celui-ci est un ministre du Commerce. Comme si nous revenions justement à cette traite négrière, transatlantique, à ce commerce triangulaire”.

Dans un contexte de montée du racisme, comment réparer la mémoire ?

Max Mathiasin avait conclu son intervention par une interrogation qui engage la responsabilité de l'État : “Dans le contexte actuel qui attise les violences et le racisme, comment la France entend-elle réparer la mémoire avec les femmes et les hommes qui portent en eux les souffrances de leurs ancêtres arrachés à leur terre d'Afrique, déportés dans les colonies françaises et mis en esclavage ?”. Une question qui, pour l'heure, est restée sans réponse dans l'hémicycle, mais qui relance le débat sur la place de la mémoire coloniale dans la politique française, sur la reconnaissance des crimes de l'esclavage et sur la protection des élus ultramarins face aux attaques racistes.

L'abstention française du 25 mars dernier, lors du vote de la résolution onusienne, avait déjà suscité l'émoi dans les territoires ultramarins et auprès de nombreuses associations mémorielles. En choisissant de ne pas soutenir ce texte, la France s'est distinguée de plusieurs pays européens et africains qui avaient voté en faveur de la résolution. Pour Max Mathiasin, Steevy Gustave, Christian Baptiste et pour ceux qu'ils représentaient mardi à la tribune, cette abstention ne peut rester sans suite. Reste à savoir si le gouvernement répondra à l'appel à "réparer la mémoire" lancé par les députés et s'il prendra des mesures pour protéger les élus victimes de racisme.