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Migration en Guadeloupe : l’âge et l’emploi dictent les mouvements

26 February 2026
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Selon une étude publiée ce jeudi (26 février) par l'Insee, en 2022, la Guadeloupe a perdu des habitants, surtout des jeunes quittant l'île pour étudier ou travailler dans l'Hexagone, mais les départs liés à l'emploi s'intensifient avec l'âge.

Une étude publiée ce jeudi (26 février) par l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), a étudié les migrations dans l'archipel en 2022.

Pour l'institut, en 2022, 5 400 personnes qui vivaient dans une autre région française en 2021 se sont installées en Guadeloupe, tandis que 5 700 Guadeloupéens ont quitté l'archipel pour s'installer ailleurs en France. Ce mouvement se traduit par un solde migratoire négatif vis-à-vis des autres régions françaises, avec un taux d'entrée de 14 ‰ habitants contre un taux de sortie de 15 ‰, après exclusion des flux avec l'étranger. Ce déficit migratoire ne concerne toutefois qu'une faible part de la population, puisque 98 % des habitants de Guadeloupe vivaient déjà dans l'archipel l'année précédente, rappelle l'étude.

Un exode des 18-24 ans

La principale raison de ce déséquilibre tient aux départs des jeunes adultes, en particulier ceux âgés de 18 à 24 ans. Plus d'un quart des personnes quittant la Guadeloupe en 2021 ont entre 18 et 24 ans, soit environ 1 600 individus, alors que les personnes de cette tranche d'âge encore présentes sur place représentent seulement 7 % des résidents. À l'inverse, les arrivées de jeunes de la même tranche restent insuffisantes pour compenser ces départs : ils ne constituent que 14 % des nouveaux arrivants (un peu moins de 800 personnes), souvent attirés par des destinations universitaires comme la Haute-Garonne ou les Hauts-de-Seine.

Ce mouvement de jeunesse vers l'extérieur s'explique principalement par la poursuite d'études supérieures et la recherche d'une meilleure insertion professionnelle, alors que l'offre de formations supérieures dans l'archipel reste limitée. Le pic des départs ne se limite pas à l'âge de 18 ans mais s'étend sur plusieurs années de formation, signe d'une mobilité dynamique liée au choix d'une première année d'études ou d'un début de carrière.

Des mobilités plus équilibrées chez les adultes actifs

Si la mobilité des 18-24 ans tire largement le solde migratoire vers le négatif, les échanges deviennent plus équilibrés chez les adultes d'âge intermédiaire. Avec environ 1 500 départs et arrivées, les migrations des 25-39 ans représentent 30 % des nouveaux arrivants et 27 % des départs, montrant une certaine fluidité des mouvements de cette tranche d'âge.

Ces mobilités sont souvent influencées par l'emploi, notamment dans la fonction publique. Les mutations professionnelles contribuent fortement aux échanges migratoires : chez les actifs en emploi, 30 % des nouveaux arrivants et 25 % des sortants exercent dans le secteur public, bien plus que parmi les résidents stables. Cela témoigne du rôle central que jouent les mutations administratives et les opportunités d'emploi public dans les décisions de déménagement.

Par ailleurs, les personnes en recherche d'emploi apparaissent également plus mobiles : elles représentent 16 % des entrants et 13 % des sortants, contre seulement 11 % parmi les résidents stables. La composition des ménages influe aussi sur ces mouvements : les couples avec enfants sont plus souvent observés parmi les arrivants, tandis que les personnes vivant seules sont particulièrement présentes parmi les sortants. Enfin, les actifs les plus diplômés montrent une propension accrue à quitter l'archipel, soulignant l'importance des perspectives professionnelles et d'études dans les décisions migratoires.

Un rôle significatif des " retours au pays "

Un autre résultat notable de l'étude est l'importance des retours de natifs de l'archipel dans les flux migratoires entrants. En 2022, près de deux nouveaux arrivants sur cinq sont nés en Guadeloupe, et parmi ces " natifs de retour ", une part importante est âgée de 25 à 39 ans, âge souvent associé à des projets familiaux ou professionnels. Cela illustre que la Guadeloupe n'est pas seulement un lieu d'émigration : certains Guadeloupéens choisissent de revenir, parfois après des études ou une carrière en métropole, souvent pour des raisons familiales ou pour s'installer avec un conjoint et des enfants.

Le rôle des attaches familiales apparaît particulièrement fort chez les jeunes adultes natifs vivant encore chez leurs parents, qui ont montré une probabilité de retour plus élevée. À diplôme égal, les chômeurs ont une plus forte probabilité de retour que les actifs en emploi, ce qui suggère que certains font ce choix même sans emploi assuré, renforçant les liens sociaux et familiaux comme facteurs de migration.

Ainsi, malgré un solde migratoire apparent négatif qui contribue au déclin démographique observé en Guadeloupe depuis plusieurs années, l'archipel continue de connaître des échanges résidentiels complexes, mêlant départs pour études ou emploi, mobilités professionnelles, mais aussi retours de natifs qui enrichissent la dynamique démographique locale.