À l'occasion des élections municipales de 2026, seules 25,5 % des listes déposées sont conduites par des femmes. Un chiffre qui, selon le Club Femmes d'Outre-Mer, révèle "l'illusion d'un pouvoir partagé" et interroge sur la persistance des logiques de domination masculine dans le paysage politique local.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Sur les 138 listes officiellement déposées en vue des élections municipales 2026 en Guadeloupe, à peine 35 sont menées par des femmes. Soit seulement 25,5 % des candidatures principales. Un déséquilibre saisissant qui démontre, s'il en était besoin, que la parité législative ne suffit pas à garantir une réelle mixité dans l'accès aux responsabilités exécutives. "Ce chiffre parle de lui-même", souligne le Club Femmes d'Outre-Mer dans un communiqué publié à l'occasion du 8 mars. Car la loi, pourtant, existe. Depuis les réformes successives sur la parité, les listes électorales doivent obligatoirement présenter une alternance hommes-femmes. Une contrainte juridique qui a mécaniquement augmenté la présence des femmes sur les candidatures… mais pas à leur tête. "Les femmes sont présentes. Elles sont compétentes. Elles sont engagées. Mais elles restent trop souvent reléguées à des positions secondaires", dénonce l'association présidée par A. Simonnot. La parité est devenue une obligation réglementaire, mais elle n'est pas encore devenue une réalité politique.
Des femmes "variables d'ajustement" plutôt que leaders légitimes
Le constat est plus sévère encore : dans les faits, la présence féminine dans les exécutifs locaux répond souvent à une contrainte légale plutôt qu'à une volonté politique assumée. "Les postes stratégiques restent concentrés, les décisions majeures sont encore majoritairement prises par des hommes, et les investitures ainsi que les soutiens structurants bénéficient rarement aux candidatures féminines", analyse le communiqué. Une situation que le Club Femmes d'Outre-Mer résume en une formule choc : "La femme ne peut continuer à être perçue comme une variable d'ajustement imposée par la loi. Elle doit être considérée comme une leader légitime".
Derrière ces chiffres, l'association pointe des responsabilités claires : "cette dominance masculine persistante, parfois nourrie par des réflexes conservateurs et des pratiques politiques anciennes, freine l'émergence d'un leadership féminin pleinement reconnu." Des logiques de réseaux, des habitudes bien ancrées, des soutiens qui se négocient dans des cercles encore trop masculins : autant de freins invisibles mais bien réels qui limitent l'accès des femmes aux responsabilités majeures.
L'empowerment, un slogan vide de sens ?
Le Club Femmes d'Outre-Mer ne se contente pas de dénoncer. Il interroge aussi la sincérité des discours dominants. "On parle d'empowerment. On célèbre les parcours. On applaudit les réussites individuelles. Mais l'autonomisation des femmes ne peut se limiter à des discours ou à des symboles." L'association appelle à dépasser les incantations pour construire un véritable changement culturel dans les modes de gouvernance. "L'égalité réelle ne se décrète pas. Elle se construit”.
Au-delà des chiffres, c'est une question de société que pose cette sous-représentation. "Quel message envoyons-nous aux jeunes filles de Guadeloupe ? Que leur place est acquise, mais rarement au sommet ? Que leur engagement est utile, mais rarement décisif ?" s'interroge l'association. Une interrogation qui résonne avec force en cette journée de mobilisation pour les droits des femmes. Car l'enjeu dépasse le simple cadre électoral : il engage le modèle démocratique et la société que nous souhaitons transmettre aux générations futures.
Un appel à un "sursaut collectif"
En cette Journée internationale des droits des femmes, le Club Femmes d'Outre-Mer lance donc un appel solennel. "Il est temps que l'accès au pouvoir cesse d'être implicitement entravé par des logiques de domination masculine et des pratiques machistes qui freinent l'évolution démocratique." L'association appelle à "un véritable sursaut collectif" pour que les femmes ne soient plus cantonnées à "une représentation contrainte", mais pleinement reconnues comme "des actrices centrales et légitimes du pouvoir local". Un combat pour l'égalité réelle qui, en Guadeloupe comme ailleurs, reste plus que jamais d'actualité.
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