Les frappes américaines contre des bateaux de présumés narcotrafiquants, menées principalement dans les Caraïbes, sont officiellement revendiquées comme un succès par le Pentagone. Ce jeudi 5 mars, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a vanté leur "effet dissuasif" lors d'une conférence anti-cartels réunissant 18 pays à Doral, en Floride.
Le ton était martial, ce jeudi, dans la salle de conférence de Doral, en banlieue de Miami. Devant les représentants, essentiellement militaires de 18 pays d'Amérique centrale et du Sud, Pete Hegseth s'est félicité des résultats de la campagne de frappes aériennes menée par les États-Unis depuis septembre dans les Caraïbes. "Le mois dernier, quelques semaines ont passé sans qu'on cible un bateau. Pourquoi ? Parce que nous n'avons pas trouvé beaucoup de bateaux à couler", a lancé le ministre de la Défense, visiblement satisfait. Une déclaration choc qui vise à démontrer l'efficacité de la stratégie américaine : frapper durement pour dissuader les narcotrafiquants de prendre la mer. Derrière l'autosatisfaction, un bilan humain lourd : au moins 150 personnes ont été tuées dans ces frappes, selon les chiffres officiels. Des "narcoterroristes", selon la terminologie employée par Washington, que le Pentagone ne pleure pas. "C'est tout l'objectif de ces frappes aériennes", a assumé Pete Hegseth : "établir une dissuasion pour les narcoterroristes qui pouvaient se livrer au trafic presque sans entrave" auparavant. Une guerre sans pitié menée dans les eaux troubles de la Caraïbe, où les routes de la cocaïne venue d'Amérique du Sud croisent les routes de pêche traditionnelles.
L'inquiétude des marins-pêcheurs de la région
Car dans cette guerre navale, les premiers concernés ne sont pas seulement les trafiquants. Les marins-pêcheurs de la Caraïbe, et notamment ceux des Antilles françaises, suivent avec une inquiétude croissante l'escalade militaire. Pris entre les narcos qui utilisent leurs embarcations pour le transport de stupéfiants et les forces armées qui traquent ces mêmes embarcations, ils redoutent d'être pris pour cibles ou pris dans des tirs croisés. Aucun incident n'a été officiellement rapporté impliquant des pêcheurs, mais la tension monte dans les eaux internationales où les patrouilles se multiplient.
Au-delà des frappes, Pete Hegseth a profité de cette conférence des Amériques anti-cartels pour lancer un appel solennel aux pays de la région. "Notre collaboration ne fait que commencer", a-t-il martelé. "Vous devez et nous devons faire plus dans tous les domaines pour cibler les groupes narcoterroristes." Le message est clair : les États-Unis entendent bien ne pas porter seuls le poids de cette guerre. "Chaque partenaire de cette région doit faire plus et investir plus", a insisté le chef du Pentagone, appelant à "des opérations et des exercices d'entraînement conjoints" et au "partage de renseignement".
Une coalition à géométrie variable
Signe que la diplomatie américaine dans la région reste sélective, plusieurs grands pays d'Amérique latine étaient absents de la réunion. Le Mexique, le Venezuela, la Colombie, le Brésil et le Nicaragua n'avaient pas été conviés. Une absence remarquée, alors que certains de ces pays, notamment la Colombie et le Mexique, sont en première ligne face aux cartels de la drogue. La conférence de Doral a ainsi réuni principalement des pays d'Amérique centrale et des Caraïbes, plus petits et souvent plus dépendants de la coopération sécuritaire avec Washington.
Pete Hegseth a également tenu à justifier la composition très militaire de l'assistance. "La raison pour laquelle il s'agit d'une conférence avec des dirigeants militaires et non d'une conférence avec des avocats, c'est parce que ces organisations ne peuvent être vaincues que par la force militaire", a-t-il affirmé. Une déclaration qui en dit long sur la stratégie américaine : finie l'époque des procès et des coopérations judiciaires alambiquées, place à l'affrontement direct. Une position radicale qui pourrait redéfinir en profondeur la lutte contre le narcotrafic dans la région.
"Notre sécurité mutuelle est en jeu"
En conclusion de son intervention, le secrétaire à la Défense a rappelé l'enjeu existentiel de cette lutte : "Notre sécurité mutuelle est en jeu." Un message adressé autant aux alliés présents qu'aux cartels, invités à comprendre que les États-Unis et leurs partenaires sont prêts à intensifier la pression. Reste à savoir si cette stratégie de la canonnière portera ses fruits sur le long terme, ou si elle ne fera que déplacer les routes du trafic vers des zones moins surveillées. Les marins-pêcheurs, eux, continuent de scruter l'horizon, avec l'espoir de ne voir surgir ni les narcos, ni les chasseurs bombardiers.
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