Intouchable sur pratiquement tous les terrains, Tadej Pogacar relève son dernier grand défi dimanche sur les pavés de Paris-Roubaix où il peut asseoir sa légende face à Mathieu van der Poel qui court lui aussi pour l'histoire.
Cela fait plus d'un an maintenant que le Slovène cimente, triomphe après triomphe, sa candidature au titre de meilleur coureur de tous les temps qu'on pensait attribué à Eddy Merckx pour l'éternité.
Une première victoire dans l'Enfer du nord offrirait un argument peut-être décisif au leader d'UAE qui aurait alors tout gagné, hormis la Vuelta, qui ressemble à une formalité s'il décide d'y retourner un jour.
Le double champion du monde et quadruple vainqueur du Tour de France peut devenir, à 27 ans, le quatrième coureur de l'histoire à gagner les cinq Monuments, soit les classiques les plus prestigieuses du calendrier, après trois Belges: Merckx, Rik Van Looy et Roger de Vlaeminck.
Surtout, il peut devenir le premier à détenir les cinq couronnes en même temps. Et rester en course pour réussir le Grand Chelem sur une même année, ce qui serait non seulement un exploit inédit mais aussi l'accomplissement d'une chose tout simplement inimaginable il y a encore quelques années.
"Je n'en suis qu'à deux sur cinq. N'allons pas trop vite en besogne", a-t-il temporisé dimanche lorsqu'on l'a lancé sur le sujet après sa troisième victoire dans le Tour des Flandres.
Van der Poel, puissance 4 ?
Il est vrai que, contrairement au Ronde et pratiquement toutes les autres courses, Pogacar ne sera pas le grandissime favori dimanche au départ à Compiègne où on annonce un temps sec et vent de dos.
À l'origine, un grimpeur comme lui ne devrait même pas figurer sur la liste des lointains outsiders. En réalité, il ne devrait même pas être là.
Quand on regarde l'historique d'autres champions récents du Tour de France, on mesure le grand écart qu'effectue Pogacar sur les classiques. Le meilleur résultat tous Monuments confondus de Chris Froome est une 36e place. Alberto Contador n'a jamais fait mieux que 9e. Jonas Vingegaard plafonne à une anonyme 14e place.
Disputé sur des chemins de tracteur d'un autre temps, Paris-Roubaix en particulier appartient à une autre caste, celle des Flandriens, des armoires à glace et des dompteurs de pavés suprêmes dont Mathieu van der Poel est le meilleur représentant.
Triple vainqueur sortant, le Néerlandais court lui aussi pour la gloire puisqu'il peut égaler dimanche le record de quatre succès de Roger De Vlaeminck et Tom Boonen, encore des Belges, et même devenir le premier à le faire d'un jet.
Jusqu'à preuve du contraire, il reste le favori, car on ne voit pas comment Pogacar, malgré toute sa puissance, arrivera à le lâcher sur ce parcours infernal, bourré de pièges avec ses 55 km de secteurs pavés, mais totalement plat.
Plus fort que jamais
"Ce sera difficile pour moi de le lâcher. Mais l'inverse est vrai aussi", prévient Van der Poel.
Et au sprint, le dragster d'Alpecin offre plus de garanties que Pogacar, même si l'histoire n'est jamais la même après 250 km de course, tout comme Wout Van Aert, Jasper Philipsen et Mads Pedersen, principaux outsiders avec Filippo Ganna.
Face à cette bande de buffles, Pogacar ressemble à un moineau (1,76 m pour 66 kg). Mais le Slovène a démontré qu'il pouvait transformer l'eau en vin en prenant la deuxième place dès sa première participation l'an dernier, malgré un tout-droit dans un virage du secteur de Pont-Thibaut.
"Sans sa chute, on aurait sans doute terminé au vélodrome ensemble, estime Van der Poel. Il a montré qu'il était capable de gagner ici. Il est à l'aise sur les pavés, toujours bien placé, très fort techniquement. En vérité, il sait tout faire. C'est peut-être le meilleur coureur de tous les temps".
Une chose est sûre: Pogacar est motivé et a méticuleusement préparé la course dès cet hiver, lui qui disait en décembre préférer une victoire à Roubaix à un cinquième Tour de France puisqu'il y a "une plus grande différence entre 0 et 1 qu'entre 4 et 5".
Dimanche dernier, il a minimisé l'échéance, assurant que "la pression sera basse, comme dans les pneus", que les coureurs dégonflent légèrement sur Paris-Roubaix pour mieux encaisser les pavés.
Mais il n'a sans doute jamais été aussi fort, vainqueur de ses sept dernières courses, et pas des kermesses - Mondiaux à Kigali, Championnats d'Europe, Trois Vallées varésines, Tour de Lombardie, Strade Bianche, Milan-Sanremo et Tour des Flandres.
Alors prêt pour le "Pogi Slam" ?
jk/smr

• ERIC LALMAND

• KURT DESPLENTER
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