Pays-Bas : L’État reconnaît enfin le «traumatisme esclavagiste» dans la santé publique
“ C'est une première historique qui s'est jouée à La Haye ce 13 février. Sur la base d'une étude clinique de l'Université d'Amsterdam, le gouvernement néerlandais admet que l'esclavage a laissé des séquelles physiques et mentales durables chez les descendants."
Une reconnaissance officielle qui débouche sur la création d'un groupe d'experts dès mars, mais dont la portée politique reste suspendue aux prochaines élections.
L'esclavage rend malade. Ce n'est plus une revendication militante, c'est désormais un diagnostic validé par l'État néerlandais. Dans une lettre adressée à la Chambre des représentants vendredi dernier, le ministre de la Santé, du Bien-être et des Sports a présenté les conclusions sans appel du rapport "Slavernij en Gezondheid" (Esclavage et Santé). Menée par l'Université d'Amsterdam (UVA), cette recherche marque une rupture : pour la première fois, le lien est officiellement établi entre l'histoire coloniale et les disparités de santé actuelles. Le passé ne s'est pas effacé ; il a muté en pathologie chronique.
Le corps garde la mémoire
Le rapport décrit une réalité que beaucoup de Caribéens connaissent intimement. Les chercheurs ont mis en évidence des mécanismes de traumatisme transgénérationnel : le stress extrême subi par les ancêtres a laissé une empreinte biologique et psychologique qui se transmet. L'étude pointe trois facteurs accablants qui minent la santé des descendants aujourd'hui :
Un stress chronique lié au racisme structurel persistant ;
Une méfiance viscérale envers le système de soin, perçu comme une institution blanche et hostile ;
Des inégalités d'accès aux traitements qui reproduisent les hiérarchies coloniales.
Il ne s'agit pas seulement de "mal-être", mais de pathologies concrètes : hypertension, diabète, anxiété sévère. Le système de santé néerlandais, censé être universel, échoue à soigner une partie de sa population parce qu'il ignore son histoire.
Un "Think Tank" en mars, mais des mains liées
Face à ce constat, le ministère tente d'agir sans trop s'engager. La mesure phare annoncée est la création, en mars 2026, d'un groupe de réflexion. Composé de descendants d'esclaves, de scientifiques et de soignants, ce comité aura trois ans pour transformer ce diagnostic en remèdes : comment mieux former les médecins ? Comment décoloniser l'hôpital ?
Mais l'ambition politique s'arrête là pour l'instant. Le ministre a été clair : le gouvernement actuel, étant en fin de cycle, se contente de "lancer le processus". Les décisions budgétaires et législatives lourdes sont laissées au prochain cabinet. Une posture commode qui permet à La Haye de valider la science tout en refilant la "patate chaude" des réparations structurelles à ses successeurs. Pour les associations, le compte à rebours est lancé : la reconnaissance est acquise, mais la guérison, elle, attendra encore un peu.
Related News
Jimmy Lai condamné à 20 ans: décryptage de sa peine
Sophie Adenot, une vie à rêver d'espace
Crues: la Garonne reste en vigilance rouge, possibles nouvelles évacuations