Les bilans de l'année 2025 révèlent une réalité brutale : il est désormais statistiquement neuf fois plus risqué d'être assassiné en Guadeloupe que dans les rues autrefois tristement célèbres du Salvador.
Au-delà de l'arithmétique du sang, c'est le contraste entre la “ poigne “ salvadorienne et la “ mollesse “ perçue de l'État français qui interroge une partie des obervateurs.
Selon les données publiées en ce début d‘année, le Salvador a clos l'année 2025 avec 94 homicides. Rapporté à ses 6,33 millions d'habitants, le taux d'homicides s'établit à 1,5 pour 100 000 habitants. Pour ce pays qui a fait le choix de la “ Pax Bukele “, la sécurité n'est plus une option administrative, mais un dogme imposé par un État qui a repris, par la force brute et une incarcération de masse, le monopole absolu de la violence.
Guadeloupe : le décompte d'une faillite
À l'opposé, la Guadeloupe termine l'année 2025 avec 52 homicides pour une population officielle de 380 400 habitants au 1er janvier 2025 (estimation source INSEE). Le calcul est sans appel, cela correspond à un taux de 13,7 homicides pour 100 000 habitants. L'archipel subit une violence atomisée, portée par une délinquance armée qui n'a plus “ froid aux yeux “.
Le meurtre du 4 janvier dernier à Pointe-à-Pitre, en plein lancement du Carnaval, en est l'illustration la plus glaçante.
Face à ce drame, le Préfet de région a affirmé vouloir “ marquer le coup “. Mais, le compte n'y est pas. Si “ marquer le coup “ signifiait la mise en oeuvre d'une action vigoureuse contre la circulation des armes et une présence offensive et préventive sur le terrain à la hauteur des enjeux et de la situation sécuritaire, on acquiesserait. Tout au contraire, la réponse institutionnelle semble se borner à une gestion de la vie sociale. En s'interrogeant sur le maintien du Carnaval pour le week-end à venir, ou en proposant de modifier les horaires des défilés pour "éviter la nuit", les autorités adressent un message de retrait. Là où le Salvador affiche une fermeté inflexible, l'État français semble opter pour une stratégie de l'esquive. Suspendre ou restreindre les activités culturelles et festives n'est pas un acte d'autorité, c'est un aveu de vulnérabilité.
Le message à “ front renversé “
Ce décalage sémantique est périlleux. En battant en retraite sur les horaires du Carnaval, l'État validerait l'idée que l'espace public nocturne est devenu une zone de non-droit. Le message envoyé aux délinquants est désastreux : il suggère que la nuit leur est cédée, comme un " open bar " où l'impunité est la règle. La Guadeloupe ne demande pas que des lampadaires et encore moins des couvre-feux déguisés, elle exige le rétablissement de l'ordre républicain. En traitant une pathologie criminelle de haute intensité par des ajustements “ logistiques et cosmétiques “, l'État ne “ marque pas le coup “, il marque au contraire son impuissance. Face à une délinquance qui défie l'autorité de l'Etat en plein jour, battre en retraite dès la tombée de la nuit n'est plus une mesure de protection : c'est une reddition.Plus grave encore, suspendre les activités de la vie sociale à chaque meurtre enclenche un engrenage dramatique. C'est offrir aux criminels un droit de veto sur nos libertés : il leur suffit d'une pression sur une gâchette pour paralyser l'économie et la culture d'un territoire.