Règles à 12 ans, risques à vie : l’alerte mondiale des scientifiques sur la puberté précoce
En 70 ans, l'âge des premières menstruations a chuté de près de trois ans. Désormais, 16 % des filles dans le monde ont leurs règles avant 11 ans, un chiffre qui a presque doublé. Une vaste étude parue fin janvier dans la revue Nature tire la sonnette d'alarme.
Ce n'est plus une tendance, c'est un basculement. Au milieu du XIXe siècle, les premières règles survenaient en moyenne autour de 16 ou 17 ans. Dans les années 1960, le seuil était tombé à 14-15 ans. Aujourd'hui, selon l'Ined, il se situe entre 12 et 13 ans dans de nombreux pays. Plus frappant encore : la proportion de filles réglées avant 11 ans a presque doublé à l'échelle mondiale, atteignant désormais 16 %. Le phénomène, documenté par une récente publication dans la revue Nature, est particulièrement marqué aux États-Unis, suivi par l'Europe, l'Asie, puis l'Afrique. Mais aucun continent n'est épargné.
Pourquoi ce basculement ? La réponse est multifactorielle, mais un coupable se détache nettement : l'obésité infantile, en forte hausse depuis les années 1970. " On sait désormais que la graisse corporelle agit comme un organe endocrinien, sécrétant diverses hormones qui peuvent affecter l'appétit et la satiété, avec un impact sur l'axe gonadotrope, et donc sur le début de la puberté ", explique au National Geographic la professeure Lisa Swartz Topor, pédiatre à l'université Brown. L'alimentation industrielle est également pointée du doigt. Une étude menée sur 7 530 jeunes filles de 9 à 14 ans a établi un lien clair entre la consommation régulière d'en-cas, de desserts, d'aliments frits et de boissons gazeuses et l'apparition précoce des premières règles.
Le stress, accélérateur silencieux
Autre facteur, moins visible mais tout aussi puissant : le stress. Une étude publiée en 2023 dans la revue Psychoneuroendocrinology a démontré que des niveaux de stress élevés dans la petite enfance – liés à des difficultés socio-économiques ou à des maltraitances augmentent significativement le risque de puberté précoce. La pandémie de Covid-19 a joué un rôle d'accélérateur. Isolement social, explosion du temps d'écran, inactivité physique, accès réduit à une alimentation saine : autant de facteurs qui pourraient expliquer une recrudescence récente des cas, selon plusieurs travaux.
Pollution et perturbateurs : l'hypothèse chimique
De plus en plus de recherches pointent également l'impact des perturbateurs endocriniens. Une étude publiée par BMC Medicine a ainsi mis en cause les composés fluorés (PFAS), présents dans les produits antitaches, les peintures, les emballages alimentaires ou les appareils électroniques. Autre piste, autre source : la pollution atmosphérique. Selon une étude de 2023 parue dans Environmental Health Perspectives, les filles exposées à un air pollué pendant la grossesse et l'enfance ont tendance à être réglées plus tôt que les autres. "À ce stade, il y a plus de questions que de réponses", tempère Lisa Swartz Topor. Mais l'accumulation des indices devient difficile à ignorer.
Cancers, diabète, troubles cardiaques : le lourd tribut de la précocité
Cette accélération n'est pas sans conséquences. À long terme, les femmes ayant eu leurs règles précocement présentent un risque accru de développer :
- un cancer du sein (hormonodépendant) ;
- un diabète de type 2 ;
- une obésité à l'âge adulte ;
- de l'hypertension artérielle ;
- des maladies cardiovasculaires ;
- un syndrome métabolique.
Autant de pathologies chroniques qui pourraient trouver leur origine dans ce simple décalage calendaire.
Un impact psychologique sous-estimé
Mais le corps n'est pas seul en cause. " Les enfants qui mûrissent tôt n'ont pas la possibilité de développer toutes les ressources sociales et émotionnelles qui les aident à faire la transition ", souligne l'étude d'Environmental Health Perspectives. Résultat : ces jeunes filles présentent des niveaux plus élevés de dépression, de stress et d'anxiété, une moins bonne image de leur corps et davantage de difficultés à réguler leurs émotions. Un constat qui interpelle, alors que le phénomène ne cesse de s'amplifier.
Face à ces enjeux, les experts appellent à ne pas se limiter à une approche médicale. "Informer, soutenir et préparer les enfants ainsi que leurs familles permet de réduire significativement l'impact psychologique de ces transformations corporelles anticipées", insistent-ils. Au-delà de l'accompagnement individuel, c'est un véritable enjeu de santé publique qui émerge. Car derrière la chute de l'âge des premières règles, c'est bien notre environnement, notre alimentation et nos modes de vie qui sont interrogés. Et l'horloge, elle, continue d'avancer.
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