Rodrigue Solitude : « La destination Guadeloupe doit réussir sa montée en gamme sans perdre son âme »
Rodrigue Solitude, directeur général du Comité du tourisme des Îles de Guadeloupe détaille une stratégie orientée sur l'attractivité internationale, l'exigence de qualité et l'ancrage local.
Comment se porte aujourd'hui le tourisme en Guadeloupe ?
Le tourisme guadeloupéen se trouve aujourd'hui à un tournant stratégique en corrélation avec le Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs (SRDTL) porté par la Région Guadeloupe. La destination s'inscrit dans un repositionnement stratégique visant une offre plus qualitative et à forte valeur ajoutée. L'objectif est clair : mieux répondre aux attentes des clientèles tout en augmentant les retombées économiques locales et en renforçant la compétitivité de la destination. Cette dynamique se traduit déjà par des investissements structurants, notamment dans l'hôtellerie haut de gamme, qui témoignent de l'attractivité retrouvée du territoire auprès d'acteurs internationaux.
Quels sont les principaux signaux positifs et les points de vigilance ?
Les indicateurs sont globalement encourageants. La fréquentation touristique se maintient à un bon niveau, portée par des taux d'occupation des établissements hôteliers et un trafic aérien soutenu. La destination figure dans le top 20 des destinations en mars 2026 d'après le Baromètre Orchestra publié par l'Écho touristique . Mais cette dynamique ne doit pas masquer certains points de vigilance. La question de la sécurité, et surtout sa perception, peut affecter l'image du territoire. S'y ajoutent des incertitudes externes : tensions sur le transport aérien, évolutions réglementaires en Europe ou contexte économique et géopolitique actuel. Autant de facteurs susceptibles d'influencer les flux à moyen et long terme.
Diversifier les marchés émetteurs
Les Îles de Guadeloupe attirent-elles de nouvelles clientèles ?
Le marché hexagonal demeure un pilier essentiel. Mais la stratégie vise clairement à diversifier les marchés émetteurs. Le Canada, en particulier le Québec, représente une opportunité naturelle de développement. Parallèlement, l'ouverture vers les marchés anglophones, notamment via de nouvelles liaisons aériennes, constitue un levier stratégique pour capter une clientèle à fort pouvoir d'achat. En Europe, des efforts sont engagés vers les marchés allemand, britannique ou belge, dans une logique de montée en gamme et de diversification.
Quels sont les défis prioritaires pour la destination guadeloupéenne ?
Le principal défi reste la montée en gamme globale. Elle concerne les infrastructures, les hébergements, les transports mais aussi la qualité de service. Cela implique une exigence accrue en matière d'accueil, de propreté, d'environnement ou encore de maîtrise de l'anglais dans l'ensemble de la chaîne touristique. La destination évolue par ailleurs dans un environnement très concurrentiel, notamment face à d'autres îles caribéennes déjà fortement positionnées sur le haut de gamme.
Pourquoi la Foire de Paris est-elle un rendez-vous stratégique ?
La participation à des événements grand public comme la Foire de Paris s'inscrit aujourd'hui comme un levier stratégique incontournable pour renforcer la visibilité des Îles de Guadeloupe auprès du marché hexagonal et de la cible affinitaire.
Qu'en attendez-vous concrètement cette année ?
Nous attendons de cette participation un double impact. D'une part, un renforcement de l'image de la destination, en affirmant son positionnement autour de l'authenticité, de la gastronomie et du savoir-faire local. D'autre part, des retombées mesurables en termes de fréquentation, grâce à des dispositifs incitatifs comme le jeu-concours, des dégustations et des offres de séjours, conçus pour déclencher l'acte de réservation.
Comment capter l'attention dans ces grands rendez-vous internationaux ?
L'innovation est essentielle. Nous misons sur des dispositifs immersifs, sensoriels et culturels, capables de faire vivre la destination plutôt que de simplement la montrer.
« Valoriser les richesses »
Quels sont vos axes stratégiques à long terme ?
Notre stratégie repose sur trois piliers : la montée en gamme, la diversification des marchés et le développement durable. Il s'agit de construire un modèle plus équilibré, plus résilient et plus compétitif. Nous voulons aussi mieux valoriser les richesses naturelles, culturelles et patrimoniales, en proposant une expérience plus immersive et mieux répartie dans le temps.
Quelles actions pour concilier développement et préservation ?
Nous travaillons à mieux répartir les flux touristiques et à encourager la désaisonnalisation. La diversification des marchés, notamment de proximité, contribue également à réduire l'empreinte carbone. En parallèle, nous accompagnons le développement d'offres plus responsables, en valorisant les initiatives locales et respectueuses de l'environnement.
Quelle place occupent les acteurs locaux dans le tourisme guadeloupéen ?
Elle est centrale. Le tourisme repose avant tout sur les professionnels du territoire : artisans, restaurateurs, hébergeurs. Ils sont au cœur de l'expérience proposée aux visiteurs. Notre rôle est de les accompagner, de les valoriser et de renforcer leur visibilité, afin d'ancrer durablement le tourisme dans l'économie locale.
Le tourisme, véritable moteur économique
Quelle est votre vision du tourisme en Guadeloupe à 5-10 ans ?
Nous voulons faire des Îles de Guadeloupe une destination majeure dans la Caraïbe, capable de rayonner à l'international tout en restant fidèle à son identité. L'enjeu est de proposer une expérience authentique, qui se vit de l'intérieur, tout en créant de la valeur pour le territoire. À terme, le tourisme doit être un véritable moteur économique et une opportunité pour les jeunes générations.
La Guadeloupe poursuit son développement à l'international
La destination Guadeloupe franchit un cap stratégique. Le retour du groupe Accor, avec l'ouverture prévue fin 2026 du Pullman Royal Key, doté de l'un des plus grands spas de la Caraïbe, ainsi que le développement d'un complexe cinq étoiles à Saint-François (79 suites et trois villas en bord de mer), illustrent une offre en pleine structuration et résolument tournée vers le haut de gamme. Cette dynamique s'accompagne d'une ouverture renforcée à l'international. La nouvelle liaison depuis Toronto, opérée par Air Canada, vise à capter une clientèle nord-américaine à fort pouvoir d'achat, tandis qu'en Europe, le hub de l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle reste central. Le Comité du tourisme intensifie ses actions sur les marchés DACH, britannique et belge, avec un objectif : diversifier les clientèles et conforter le positionnement premium de la Guadeloupe.

• © Air Canada 737 Max
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