Saint-Martin, carrefour stratégique du narcotrafic caribéen d’après l’Observatoire français des drogues
Longtemps restée dans l'ombre des grandes routes guyanaises ou guadeloupéennes, l'île de Saint-Martin s'est imposée comme un maillon logistique essentiel du trafic de cocaïne entre l'Amérique du Sud et l'Europe. Entre expertise technique locale et stratégies de contournement des contrôles, l'île fait face à des défis sécuritaires et sanitaires sans précédent.
Le rapport de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) rappelle que la collectivité de Saint-Martin occupe une position géographique de " rebond " idéale pour les réseaux criminels. Le rapport précise que l'île n'est plus seulement une zone de transit, mais un véritable centre de services logistiques pour les cartels sud-américains. Cette mutation s'explique par une combinaison de facteurs géopolitiques et de pressions policières sur les territoires voisins.
Une plateforme logistique et un refuge pour le trafic aérien
Le rôle de Saint-Martin a radicalement évolué sous l'effet de ce que les experts appellent le " report de flux ". Après le renforcement massif des contrôles en Guyane (dispositif "100% contrôle" à Cayenne depuis 2022), puis en Guadeloupe et en Martinique, les trafiquants ont ouvert une " troisième vague " de routes passant par les îles du Nord. Les aéroports de Grand-Case et surtout Princess-Juliana (en partie hollandaise) sont devenus des portes de sortie privilégiées pour les " mules " transportant la drogue après l'avoir avalé ou dans leurs bagages.
Au-delà de l'aérien, c'est l'expertise maritime locale qui fait la force du territoire. Les forces de l'ordre décrivent les trafiquants saint-martinois comme des "spécialistes de la logistique". Ils ne se contentent pas de transporter la marchandise ; ils fournissent des bateaux rapides, des points de dépose en mer, des caches et une main-d'œuvre technique capable de déjouer les surveillances dans une zone binationale complexe à patrouiller. Cette porosité de la frontière entre les parties française et néerlandaise offre un avantage tactique majeur aux réseaux, la partie batave restant souvent hors de portée des juridictions françaises.
Une criminalité structurée et un impact social croissant
L'intensification du trafic international irrigue directement le marché local, transformant la structure même de la délinquance insulaire. L'OFDT note une professionnalisation des groupes de revendeurs, qui s'émancipent des simples querelles de quartier pour s'affilier à des gangs internationaux, notamment de Trinité-et-Tobago. Plus de trente points de vente physiques, ancrés depuis des décennies dans des quartiers comme Sandy Ground ou Saint-James, assurent une distribution continue de cannabis et de cocaïne.
Cette omniprésence des produits a des conséquences sanitaires alarmantes. L'accessibilité de la cocaïne dont le prix est trois fois inférieur à celui de l'Hexagone favorise un usage banalisé, tant dans les milieux festifs et touristiques que chez les travailleurs saisonniers. Plus grave encore, l'usage de crack se développe chez les populations les plus précaires de l'île. Face à cette accélération du trafic et des consommations, l'offre de soins en addictologie reste largement insuffisante, laissant le territoire dans une vulnérabilité chronique malgré les récentes opérations de contrôle renforcées.
Related News
Tempêtes Goretti et Elli : une partie de l'Europe se prépare à l'arrivée de fortes int...
« La protection de la probité publique, qu'il lui incombait de préserver et qu'elle a s...
Drouode remet ses titres en jeu