Trinidad-et-Tobago lève l’état d’urgence : un bilan sécuritaire sous le feu des critiques
Après des mois d’arrestations massives et expéditives, le gouvernement trinidadien a mis fin aux pouvoirs d’exception le mercredi 16 septembre 2026. Si le nombre d’homicides recule, les méthodes des forces de l’ordre ouvrent la voie à une crise juridique et démocratique majeure.
Fini les détentions arbitraires. Devant le Parlement, le 16 septembre 2026, la Première ministre Kamla Persad-Bissessar a acté la fin définitive de l’état d’urgence. Introduit par salves successives depuis 2024 pour enrayer l’explosion de la violence, ce régime dérogatoire ne sera pas prolongé. Pour apaiser la fronde populaire et juridique, l’exécutif promet d’instaurer un nouveau « cadre juridique permanent ». L’objectif annoncé : continuer de traquer les gangs et les trafiquants d’armes, mais en réintroduisant enfin la surveillance judiciaire et la responsabilité parlementaire.
Des milliers de citoyens dans les limbes judiciaires
L’urgence sécuritaire s’était transformée en blanc-seing répressif. Depuis la dernière extension des mesures en mars 2026, plus de 5 800 personnes ont été raflées. La faille du système réside dans les proportions : environ 2 250 de ces détenus croupissent toujours en cellule sans la moindre charge formelle retenue contre eux. Leur libération reste aujourd’hui suspendue à un vide légal redoutable. Ces filets lancés à l’aveugle ont même emporté les sphères d’influence, à l’image de ce couple d’hommes d’affaires accusé de complot contre la Première ministre, incarcéré, puis discrètement relâché sans suites.
Le secret professionnel en miettes
Du côté de la défense, le constat est accablant. L’avocat Criston Williams décrit un appareil d’État ayant basculé dans des méthodes d’intimidation frontales. Les clients arrivent aux entretiens menottés, aveuglés par des sacs sur la tête, et les échanges avec la défense sont surveillés par des agents cagoulés et lourdement armés. Le secret professionnel avocat-client, pilier de l’État de droit, a été purement et simplement annihilé. Face à ce qui s’apparente à des dérives autoritaires, des poursuites massives contre le gouvernement se préparent, accompagnées d’une saisine de la Commission interaméricaine des droits de l’homme.
La violence recule, la facture démocratique explose
La stratégie du choc a incontestablement fait baisser la température dans les rues. Dans ce pays d’1,4 million d’habitants, le record sanglant de 624 meurtres franchi en 2024 est retombé à 369 morts en 2025. La dynamique se maintient en 2026, avec 255 homicides recensés contre 268 à la même période l’année précédente. La criminalité recule sur le papier, mais l’arsenal répressif déployé laisse un pays fracturé, qui va désormais devoir juger les limites de son propre système de sécurité.
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