Local News

Trois passagers décédés, plusieurs malades : une croisière frappée par un possible foyer d’hantavirus

04 May 2026
Promote your business with NAN

Parti d’Ushuaïa il y a trois semaines pour une croisière entre Antarctique et Afrique, le MV Hondius devait faire escale au Cap-Vert. Il flotte aujourd’hui au large de Praia, sans autorisation d’accoster. À son bord : trois passagers morts, plusieurs malades, des membres d’équipage en urgence médicale.

Ce week-end, le cauchemar a commencé. À bord du MV Hondius, navire de croisière de la compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions, un passager de 70 ans a présenté les premiers symptômes grippaux. Rapidement, son état s’est dégradé. Il est mort à bord. Son corps a été débarqué sur l’île de Sainte-Hélène, territoire britannique perdu dans l’Atlantique sud. Son épouse, âgée de 69 ans, est également tombée malade. Évacuée vers l’Afrique du Sud, elle a perdu connaissance à l’aéroport alors qu’elle tentait de rentrer aux Pays-Bas. Elle est morte dans un hôpital de Johannesburg. Peu d’informations circulent sur la troisième victime. Son corps se trouvait encore à bord dimanche soir.

Le navire, spécialiste des croisières polaires, avait quitté Ushuaïa (Argentine) il y a trois semaines, avec des escales en Antarctique et aux îles Malouines. À son bord : quelque 150 touristes de 23 nationalités différentes, dont au moins cinq Français et environ 70 membres d’équipage. Cinq autres passagers sont suspectés d’être malades. Un Britannique de 69 ans, qui a déclaré des symptômes après le départ du navire de Sainte-Hélène, a été évacué vers l’Afrique du Sud depuis l’île de l’Ascension. Il est hospitalisé à Johannesburg. Son test a révélé un cas positif au hantavirus. Deux membres d’équipage, eux, « nécessitent des soins médicaux urgents », selon la compagnie. Leur rapatriement aux Pays-Bas est en préparation, mais l’opération nécessite l’autorisation des autorités locales.

Bloqué au large du Cap-Vert : « Personne n’a autorisé le débarquement »

Dimanche soir, le MV Hondius se trouvait juste en face du port de Praia, capitale du Cap-Vert. Il y est resté au moins 24 heures, selon les données de géolocalisation. Oceanwide Expeditions a demandé l’autorisation d’accoster. Refus. Lundi, les autorités sanitaires cap-verdiennes ont de nouveau interdit au navire de débarquer. Motif : « protéger la population cap-verdienne ». La compagnie envisage désormais de faire route vers les îles espagnoles de Las Palmas ou Tenerife, sur l’archipel des Canaries, « envisagées comme porte d’entrée pour le débarquement ». En attendant, des mesures strictes sont appliquées à bord : isolement, protocoles d’hygiène renforcés, surveillance médicale constante.

L’hantavirus en question : faible risque pour le grand public

L’OMS soupçonne un possible foyer d’hantavirus, une infection rare qui peut provoquer un syndrome respiratoire aigu. Un seul cas a été officiellement confirmé en laboratoire. Mais d’autres analyses sont en cours. « L’OMS organise l’évacuation médicale de deux passagers présentant des symptômes, procède à une évaluation complète des risques et apporte son soutien aux personnes concernées à bord », a détaillé dimanche soir son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Les hantavirus se transmettent à l’être humain par l’intermédiaire de rongeurs infectés (souris, rats), via la salive, l’urine ou les excréments. La contamination se fait le plus souvent par inhalation de poussière contaminée. Les premiers symptômes ressemblent à ceux de la grippe : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires.

« Aucune transmission interhumaine n’a été décrite à ce jour, excepté pour l’hantavirus sud-américain Andes », rassure Santé publique France. L’OMS nuance toutefois : « Bien que rare, les hantavirus peuvent se transmettre d’une personne à l’autre et entraîner des maladies respiratoires graves ». Mais le risque de propagation à grande échelle reste « faible », a assuré Hans Kluge, directeur régional de l’OMS Europe. « Il n’y a aucune raison de céder à la panique ni d’imposer des restrictions de voyage ».

En attendant, le navire dérive

Pendant que les autorités sanitaires internationales s’activent, le MV Hondius flotte au large du Cap-Vert, sous haute surveillance. Les passagers et l’équipage sont confinés à bord, dans l’attente d’une solution. Le séquençage du virus est en cours. Des analyses complémentaires et des enquêtes épidémiologiques vont être menées. Une certitude : cette croisière polaire est devenue un cauchemar épidémiologique. Et le dénouement, lui, reste encore très incertain.