Ultim Challenge: Charles Caudrelier vers un exploit inédit

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Un géant en approche ! Le navigateur français Charles Caudrelier est attendu mardi à Brest (Finistère) à bord de son Maxi Edmond de Rothschild, en vainqueur historique de la première course autour du monde en solitaire sur un trimaran.

Parti le 7 janvier de Bretagne, le marin —qui fête ses 50 ans lundi— aura parcouru plus de 22.500 milles (41.000 km) sur les mers du globe, avec une escale seulement, en passant par les 3 caps de référence (Bonne Espérance, Leeuwin et Horn). Une aventure hors-norme effectuée pour la première fois contre d’autres skippers, tous engagés sur l'”Ultim Challenge”, le nom donné aux montures de carbone des participants, véritables colosses des mers de 32 mètres de long par 23 de large.

“Dans toute l’histoire de la voile de compétition, il n’y a jamais eu une épreuve de cette taille”, a expliqué le célèbre marin Olivier de Kersauson, 3e homme à avoir réalisé une circumnavigation en solitaire sur un multicoque en 1988 (contre-la-montre).

“Marcher en solitaire sur un multicoque à 28 noeuds de moyenne (51 km/h) autour de la planète, c’est hallucinant”, a-t-il ajouté, estimant qu’il s’agissait de “la course la plus difficile qui ait jamais existé”.

Car malgré de nombreuses tentatives hors course, les tours du monde en solitaire trimaran, support plus fragile et risqué que le monocoque, restent une rareté. Il y en a eu 7 depuis Alain Colas sur son Manureva en 1974, dont quatre seulement sans escale.

“Pas d’imposteur” 

Pour cette aventure inédite, ils étaient six au départ, tous considérés comme faisant partie des meilleurs marins de la planète. Le jeune Tom Laperche (SVR Lazartigue), 26 ans, a abandonné après vingt jours d’un duel de haut-vol avec Charles Caudrelier.

Les navigateurs Eric Péron (Adagio) et Anthony Marchand (Actual), à bord des Ultim les plus anciens de la flotte, ont rapidement été distancés mais continuaient courageusement de remonter l’Atlantique sud vers l’équateur lundi.

Actuellement 2e et 3e, Thomas Coville (Sodebo) et Armel Le Cléac’h (Banque Populaire), d’abord sérieux concurrents à la victoire, ont tous deux été victimes d’avaries les obligeant à faire escale et à laisser filer le véloce Maxi Edmond de Rothschild.

“Le vainqueur ne sera pas un imposteur. C’est une course à élimination mais qui se joue aussi sur du dosage, des réglages, de la gestion”, avait expliqué début février Coville, skipper aux huit tours du monde.

A ce jeu là, seul l’impérial Caudrelier a réussi à effectuer la traversée sans mésaventure majeure. Il a rapidement mené son voilier au devant la flotte, atteignant sur la première moitié du tracé des vitesses folles dans des mers très formées.

50 jours en mer 

D’océans en océans et pendant plus de 50 jours en mer, il n’a “rien lâché” en dépit des blessures physiques (bras entaillé par l’éolienne de bord) et de l’usure de son voilier (bras tribord cassé au 4e jour de course).

“C’est bizarre, mais j’ai eu l’impression de devenir une machine, un robot connecté à la performance, un espèce de tueur qui ne lâche pas un mille nautique”, a raconté Caudrelier à l’AFP, “totalement relié” à son bateau désormais.

Premier Ultim conçu pour voler grâce à ses foils, le Maxi Edmond de Rothschild, mis à l’eau en 2017, s’apprête en même temps que son skipper à entrer dans le grand livre d’histoire de la course au large.

Après un titre sur la Transat Jacques Vabre 2021 et sur la Route du Rhum 2022, c’était la “petite pierre” qui lui manquait “pour montrer à tout le monde qu’on aura vraiment tout accompli avec”, estime son skipper.

Grand stressé, Caudrelier était apparu étrangement zen au moment de l’appareillage devant ses proches et son équipe, le matin ensoleillé du départ. “Je vois beaucoup ça comme un défi avec moi-même”, avait-il alors dit à l’AFP. Un défi largement relevé.