Ultra-Marins, ultra-oubliés ? Un rapport tire la sonnette d’alarme sur la jeunesse des Outre-mer
Un rapport officiel adopté en juillet 2025 dresse un constat sévère sur les conditions de vie et les perspectives des jeunes ultramarins. Face à des inégalités criantes, 21 recommandations concrètes visent à garantir enfin l'égalité des chances, de la scolarité à l'emploi, en passant par la mobilité et la santé mentale.
Ils sont jeunes, talentueux et pourtant souvent invisibles. Les 2,6 millions d'habitants des 12 territoires ultramarins français, de la Réunion à la Polynésie, voient leur avenir entravé par des obstacles spécifiques et systémiques. Le Conseil d'orientation des politiques de jeunesse (COJ) vient d'adopter un rapport ambitieux, fruit d'une large consultation auprès de plus de 2 600 jeunes, qui appelle à une action urgente et ciblée. Alors que certains territoires comme Mayotte et la Guyane connaissent une explosion démographique juvénile, d'autres, comme la Martinique et la Guadeloupe, se vident de leur jeunesse. Le défi est double : retenir les forces vives et offrir à tous un parcours digne.
Le premier frein identifié est scolaire. Dans des territoires souvent vastes et enclavés, la simple scolarisation relève du parcours du combattant. En Guyane ou en Polynésie, des enfants doivent parfois quitter leur famille dès 10 ans pour rejoindre un collège. " Décentraliser les lieux de formations, pour éviter de se lever à 4h du matin pour 2h de cours ", témoigne un jeune dans la consultation. Le taux de sorties précoces du système scolaire dépasse les 18% à La Réunion, contre 8% en métropole.
Pour y remédier, le rapport propose des solutions innovantes : délocaliser des classes de collège dans des écoles primaires éloignées (s'inspirant d'une initiative guyanaise de télé-enseignement), développer les internats et construire des préfabriqués adaptés au climat. Il recommande aussi d'institutionnaliser un temps scolaire consacré aux cultures ultramarines, comme cela se fait déjà en Polynésie, pour une école qui reconnaît enfin son histoire locale.
Des formations absentes, un exode forcé vers l'Hexagone
Une fois le bac en poche, le désert de formation s'installe. L'offre est limitée, rarement alignée sur les besoins économiques locaux (tourisme durable, secteur maritime, ingénierie). Résultat : 62% des vœux Parcoursup des lycéens ultramarins visent l'Hexagone, un départ souvent contraint et coûteux. Le rapport préconise un audit national pour créer des filières manquantes (universitaires, professionnelles) en partenariat avec les entreprises locales. L'injustice persiste pour l'accès aux grandes écoles : les concours et entretiens se tiennent presque exclusivement en métropole. Le COJ demande donc l'obligation de proposer des épreuves à distance et des oraux en visio pour garantir une réelle égalité des chances, quel que soit le lieu de résidence.
Un marché de l'emploi sinistré pour les jeunes
Le chômage des 15-24 ans atteint des sommets : 59% à Mayotte, 39,8% en Guyane, 38,4% en Guadeloupe. Les jeunes diplômés eux-mêmes peinent à trouver un premier emploi, les entreprises réclamant souvent de l'expérience pour des postes juniors. " Offrir des postes sans condition d'expérience. Il est trop souvent demandé d'être diplômé (bac +2 à 5) avec 3 à 5 ans d'expérience ", déplore un répondant. Pour inverser la tendance, le rapport suggère la mise en place d'une aide fiscale à l'embauche en CDI des primo-demandeurs d'emploi dans les territoires les plus touchés. Il plaide également pour faciliter l'accès au crédit pour les jeunes entrepreneurs via un partenariat renforcé entre banques publiques et privées.
La mobilité, un couteau à double tranchant
Partir étudier en métropole est souvent une nécessité, mais c'est un parcours semé d'embûches. Les aides à la mobilité (comme les passeports de LADOM) sont méconnues par près des deux tiers des jeunes. Une fois sur place, le déracinement est brutal, sans accompagnement systématique. " Un meilleur accompagnement et soutien auprès des jeunes qui se retrouvent seuls dans un territoire inconnu ", réclament-ils.
Le COJ propose de systématiser l'information sur Parcoursup et d'instaurer un accompagnement global (avant, pendant, après le départ) incluant un suivi psychologique et administratif. Pour favoriser le retour, essentiel au développement local, il recommande aussi la prise en charge d'un deuxième billet d'avion pour un stage dans le territoire d'origine.
Fracture numérique, mal-logement, santé mentale : l'urgence des conditions de vie
Les inégalités touchent tous les aspects du quotidien. 15% des Ultramarins souffrent d'illectronisme, et l'accès à internet haut débit reste limité. Le rapport veut développer des espaces numériques gratuits avec accompagnement, et organiser des " tournées d'information " dans les zones enclavées.
Le logement est une crise : 43% des jeunes consultés ont eu des difficultés à se loger, principalement à cause des coûts. Le COJ souhaite étendre le dispositif "Un chez soi d'abord jeunes", qui a fait ses preuves en métropole pour les jeunes précaires avec troubles psychiques.
La santé mentale est un enjeu crucial, avec des taux de détresse et de suicide alarmants, notamment en Guyane. Le rapport demande de systématiser les Points d'Accueil Écoute Jeunes (PAEJ) et de renforcer les équipes mobiles de psychiatrie.
Un accompagnement sur mesure pour les plus vulnérables
Enfin, le rapport insiste sur un accompagnement renforcé pour les publics les plus fragiles : jeunes parents isolés (très nombreux dans les Outre-mer), jeunes confrontés à la délinquance, ou en situation de handicap. Il propose notamment un parcours spécifique dans le RSA rénové pour les jeunes parents monoparentaux, combinant aide à l'emploi et soutien à la scolarité des enfants.
" Les Outre-mer restent perçus comme périphériques, et leurs réalités demeurent trop souvent absentes du débat national ", déplore Hugo Huet, président du COJ, dans son édito. Ce rapport, nourri de la parole directe des jeunes, est un appel à changer de regard : considérer la jeunesse ultramarine non comme une marge, mais comme une force essentielle pour l'avenir de la République dans toute sa diversité. La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics pour traduire ces 21 recommandations en actes concrets.
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