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Un an après l’affaire Pelicot, 105 hommes prêts à «baiser une femme endormie»

25 January 2026

Un an après le procès Pelicot, un test choc révèle l'inquiétante persistance des fantasmes de viol. En republiant l'annonce du mari sur une plateforme libertine, un journaliste a reçu 105 réponses d'hommes volontaires en 48 heures.

Que reste-t-il de l'onde de choc du procès Pelicot ? Pour le savoir, le journaliste québécois Hugo Meunier, avec la réalisatrice Cloé Giroux, a mené une expérience troublante. En juillet 2025, il a posté sur JALF, une plateforme libertine francophone, une annonce quasi-identique à celle utilisée par Dominique Pelicot : " J'ai un fantasme assez précis… Viens baiser ma femme endormie. Chut, elle ne doit pas se réveiller ;) ". Seul détail modifié : la photo de la femme, générée par intelligence artificielle. L'objectif : "questionner l'effet Mazan sur la mentalité des hommes".

Les résultats sont accablants et rapides. En dix minutes, il reçoit cinq réponses. En 48 heures, ce sont 105 hommes qui se disent intéressés. Les messages ne laissent aucune place au doute : " J'arrive, c'est quoi l'adresse ? ", " J'aime bien l'idée de la baiser endormie ", ou encore " Si elle se réveille on fait quoi hahaha ? ". Poussant plus loin la comparaison, le journaliste impose les mêmes consignes que Pelicot (ne pas fumer, ne pas porter de parfum…). Rien n'alerte les interlocuteurs. Parmi cette centaine de demandes, seuls trois profils évoquent, mollement, la notion de consentement. Deux autres font une vague référence à "ce procès au Royaume-Uni". Le profil des répondants est hétéroclite, des jeunes aux plus âgés, reflétant, selon Meunier, "le même échantillonnage qu'à Mazan".

"Négocier la transaction de ma voiture" : la femme, un objet

Pendant deux semaines, Hugo Meunier entretient les conversations. Une constante émerge : "Il n'était jamais question du plaisir de ma femme ou de son accord", s'étonne-t-il, décrivant l'impression de "négocier la transaction de ma voiture". Pour Arnaud Gallais, porte-parole de l'association M'endors pas (fondée par Caroline Darian, fille de Gisèle Pelicot), cette logique n'a rien de surprenant : "La soumission chimique est un outil de violence et la violence un outil de domination masculine." Dans ces échanges, comme dans l'affaire Pelicot, seul le consentement du mari semble compté.

Cette expérience met en lumière un déni sociétal profond. Malgré la médiatisation internationale du procès Pelicot, la "culture du viol" persiste, alimentée par des plateformes peu vigilantes, une justice souvent trop clémente et un manque criant de campagnes de prévention. "Les hommes violent car ils en ont la possibilité", résume amèrement Hugo Meunier. Arnaud Gallais dénonce une société qui "cultive le déni". Un an après le verdict de Mazan, cette enquête donne une sinistre raison aux mots de Caroline Darian : l'affaire Pelicot n'était que "l'arbre qui cache la forêt". Une forêt sombre où, du Canada à la France en passant par l'Allemagne et le Royaume-Uni, des dizaines de milliers d'hommes continuent d'échanger sur la soumission chimique, prouvant que la sensibilisation peine à toucher ceux qui en ont le plus besoin.