Un million de dollars pour la tête d’Izo : Washington durcit le ton face aux gangs haïtiens
Par Jacques VILUS

Le département d'État américain vient de mettre à prix la capture de Johnson "Izo" André, le puissant chef du gang des 5 Segond. Entre diplomatie du gros sou et impuissance sécuritaire, cette annonce de récompense d'un million de dollars jette une lumière crue sur l'enlisement de la crise en Haïti, alors que la capitale Port-au-Prince étouffe sous le joug de la coalition Viv Ansanm.
L'avis est tombé ce 18 février 2026, émanant du programme " Rewards for justice ". Pour l'oncle Sam, Johnson André n'est plus seulement un seigneur de guerre local, mais une cible prioritaire. La justice américaine lui reproche notamment l'enlèvement d'un de ses ressortissants le 18 mars 2023, libéré contre rançon après des jours d’angoisse. Mais au-delà de ce cas précis, c'est le portrait d'un bourreau que dessine Washington : meurtres, viols et une stratégie de terreur qui a transformé le quartier de Village de Dieu en un bastion imprenable. Déjà sous le coup de sanctions du Trésor américain depuis décembre 2023, Izo voit ses avoirs gelés, une mesure qui semble bien dérisoire face à l'économie souterraine et florissante des enlèvements qui gangrènent la zone métropolitaine.
Une coalition de l'ombre sous pression
Izo n'est pas un loup solitaire. Il rejoint sur la liste des hommes les plus recherchés d'autres figures de proue de la coalition Viv Ansanm, comme Jimmy " Barbecue " Chérizier ou Vitel'homme Innocent. Cette alliance de gangs contrôle désormais la quasi-totalité de Port-au-Prince, défiant une police nationale exsangue et une force internationale dont l'efficacité reste, au mieux, discutée. Les chiffres du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) sont vertigineux : l'année 2025 s'est achevée sur un bilan macabre de 10 000 morts et plus de 1,4 million de déplacés internes. Dans ce chaos, le rapt est devenu une industrie. Le département d'État alerte d'ailleurs sur une recrudescence des kidnappings à Delmas, où les ravisseurs n'hésitent plus à se grimer en policiers pour piéger leurs proies.
L'amère incrédulité de la rue haïtienne
Si l'annonce de cette prime d'un million de dollars flatte les chancelleries, elle se heurte à un mur de scepticisme sur les réseaux sociaux haïtiens. Pour beaucoup, cette mise à prix est une " distraction " de plus. " Vous avez su capturer des chefs d'État étrangers, mais vous ne trouvez pas un homme terré dans un bidonville ? ", s'agace une internaute sur Facebook. La méfiance est profonde. Elle se nourrit des rumeurs de complicité au plus haut niveau et de la facilité avec laquelle les armes de guerre transitent depuis les côtes américaines vers les ports haïtiens. Pour la population, épuisée par l'insécurité alimentaire qui touche 6 millions de personnes, l'urgence n'est plus aux avis de recherche rutilants, mais au démantèlement réel des réseaux qui maintiennent le pays sous respiration artificielle.
Related News
Désarmement nucléaire: Washington réclame des négociations incluant la Chine, Moscou p...
En Croatie, la douloureuse arrivée des travailleurs venus d'Asie
Vidéo raciste: Obama dénonce un «spectacle de clowns»