Venezuela: La principale opposante accuse le président Nicolas Maduro de choisir ses rivaux

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La coalition d’opposition au Venezuela a finalement pu enregistrer mardi un candidat à la présidentielle du 28 juillet, mais sa leader Maria Corina Machado, inéligible, accuse le président Nicolas Maduro, qui brigue un troisième mandat, d’avoir “choisi” ses rivaux.

Ce candidat est Edmundo Gonzalez Urrutia, un ancien ambassadeur et politologue. Il remplace Corina Yoris, l’universitaire novice en politique que Mme Machado avait désigné mais qui n’a pas réussi à s’inscrire, sans que le Conseil national électoral (CNE) ne donne d’explication.

Alors que la limite des inscriptions expirait lundi à minuit, le CNE a finalement accordé un délai à l’opposition et accepté d’inscrire M. Gonzalez Urrutia. 

Des analystes et l’opposition estiment cependant que M. Gonzalez pourrait être remplacé par un autre candidat – Mme Machado, Mme Yoris ou un autre – à l’avenir si des négociations entre pouvoir et opposition étaient fructueuses. 

Mme Machado avait remporté haut la main la primaire de l’opposition et semblait pouvoir rallier derrière elle une opposition souvent divisée. 

Mme Machado était inéligible, accusée par le pouvoir de corruption et de soutenir une invasion étrangère – ce qu’elle a toujours nié.

“Ce que nous avons dénoncé pendant de nombreux mois a fini par se produire: le régime a choisi ses candidats”, a-t-elle lancé mardi.  

Des nombreux observateurs et opposants estiment que le CNE, souvent accusé d’être aux ordres du pouvoir, a délibérément bloqué la candidature de Corina Yoris.

Le Brésil et la Colombie ont exprimé mardi leur “préoccupation”, tandis que le ministre uruguayen des Affaires étrangères, Omar Paganini, a estimé que le Venezuela “se consolide en tant que dictature”. La Maison Blanche s’est dite “très préoccupée” par le blocage de la candidature de Mme Yoris.

Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a lui appelé la communauté internationale à “continuer à s’engager avec les parties en faveur d’une feuille de route négociée”, et déclaré: “nous regrettons tout développement susceptible d’entraver les garanties électorales et rappelons la nécessité de garantir le droit de voter et d’être élu”.

Mardi, avant l’inscription de Gonzalez Urrutia, Mme Machado avait insisté : “Ma candidate c’est Corina Yoris. Personne ne va nous faire sortir de la route électorale. Nous lutterons jusqu’au bout”. 

“Pire scénario”

Elle avait aussi pris ses distances avec la candidature de dernière minute de Manuel Rosales, 71 ans, vieux routier de la politique, déjà candidat face à Hugo Chavez en 2006. gouverneur de l’Etat pétrolier de Zulia (nord-ouest), qui a pu s’inscrire in extremis. 

Ce poids lourd était toutefois loin de faire l’unanimité dans l’opposition, où on lui reproche ses contacts réguliers avec M. Maduro depuis qu’il est redevenu gouverneur en 2021.

Il s’est défendu de vouloir “enlever le leadership à qui que ce soit”, assurant venir “les bras ouverts”:  “J’ai dû prendre une décision: à savoir ouvrir un espace pour que les Vénézuéliens puissent voter ou aller vers une abstention et que Maduro reste en place pendant six années supplémentaires”.  

Du côté du pouvoir, tout est simple avec un candidat clair: Nicolas  Maduro, qui a succédé à son mentor Hugo Chavez (1999-2013) à sa mort en 2013. Toute la machine de l’Etat et du chavisme est déjà en marche. 

“Je vous le jure, sur ma mère, sur mon père, sur la Sainte Trinité, que le 28 juillet, jour du 70e anniversaire du Comandante Chavez, nous les battrons à nouveau”, a déclaré M. Maduro lundi lors du dépôt de sa candidature en présence de milliers de partisans.

Nicolas Maduro, 61 ans, est l’héritier du “chavisme” pour un “socialisme du XXIe siècle” basé sur des nationalisations, une forte présence de l’Etat et de l’appareil militaire.

Plus de 60 pays, dont les Etats-Unis, n’avaient pas reconnu sa réélection en 2018, boycottée par l’opposition. Cette non-reconnaissance avait débouché sur des sanctions économiques visant notamment le secteur pétrolier.

Le pouvoir peut en tout cas se frotter les mains de la confusion et des divisions de l’opposition avant le scrutin à un seul tour. 

Pour le politologue Yoel Lugo, “le pire scénario pour l’opposition est de maintenir le ton de tension interne qui, avec la division et la démoralisation, est l’équation parfaite pour la démobilisation de l’opposition. C’est justement la stratégie qui permet à Nicolas Maduro de rester au pouvoir”.

jt-pgf/sf/fjb

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