Vie chère en Outre-mer : Stéphane Hayot réfute les accusations et défend la transparence de GBH
Auditionné ce jeudi 16 avril par la commission d'enquête du Sénat sur les marges de la grande distribution, le directeur général du groupe Bernard Hayot (GBH), Stéphane Hayot, a fermement rejeté les soupçons d'abus de position dominante et d'opacité financière.
L'audition était très attendue. Elle n'a pas déçu. Ce jeudi 16 avril à Paris, Stéphane Hayot, directeur général du puissant groupe Bernard Hayot, était interrogé par la commission d'enquête du Sénat sur les marges de la grande distribution en France. Objectif affiché du dirigeant : démonter, point par point, l'idée selon laquelle son groupe ne serait pas responsable de la vie chère en Outre-mer. En toile de fond, une réalité que personne ne conteste : des écarts de prix atteignant jusqu'à 38 à 40 % sur les produits alimentaires dans les territoires ultramarins par rapport à l'Hexagone. Une situation qui nourrit la colère sociale et les critiques récurrentes contre les grands groupes distributeurs.
Dès son introduction, Stéphane Hayot a concédé l'existence du problème : “La vie chère est une réalité quotidienne”, a-t-il reconnu. Avant de retourner la perspective : “Mais notre responsabilité collective, c'est d'en comprendre les causes réelles”. Et pour lui, ces causes ne sont pas là où on les cherche habituellement.
“Chercher du côté des marges, c'est chercher au mauvais endroit”
Le dirigeant a déroulé une mécanique précise pour expliquer la formation des prix. Selon lui, avant même d'être vendus, les produits supportent une série de coûts incompressibles. “Sur un produit importé, 17 % correspondent à la logistique amont, 13 % à l'octroi de mer et 10 % à la logistique locale. Ces surcoûts représentent donc 40 %”, a-t-il détaillé. Puis il a pris un exemple concret : “Lorsqu'un client dépense 100 euros dans nos magasins, 76 euros servent à payer la marchandise. […] Au final, la marge nette représente 2 euros, soit 2 % du chiffre d'affaires”. Son message, martelé, est sans ambiguïté : “Chercher du côté des marges, c'est chercher au mauvais endroit”.
Une démonstration chiffrée immédiatement contestée
La rapporteure de la commission, Antoinette Guhl, n'a pas laissé s'installer ce récit sans contradiction. Elle a opposé aux 2 % avancés par Stéphane Hayot des chiffres issus des comptes consolidés du groupe, faisant apparaître une rentabilité plus élevée, autour de 4 à 4,6 %. Le dirigeant n'a pas reculé, mais a déplacé le débat : “La grande distribution alimentaire ne représente qu'environ 35 % de notre activité. Nous sommes un groupe multimétiers. Comparer la rentabilité globale à celle d'acteurs purement alimentaires n'a pas de sens”. Derrière cet échange technique, encadré par la présidente de la commission Anne-Catherine Loisier, se joue un point central de l'audition : la lecture des marges. Entre périmètre consolidé et activité retail, la question reste entière et alimente la tension.
La veille de cette audition, lors d'une table ronde devant la même instance, Christophe Girardier, fondateur du cabinet Bolonyocté Consulting, avait directement soupçonné GBH d'abus de position dominante. Une accusation que Stéphane Hayot a fermement rejetée. Le groupe est d'ailleurs visé par une enquête préliminaire du Parquet national financier pour "abus de position dominante” et “escroquerie en bande organisée”. Dans un récent avis, l'Autorité de la concurrence avait pointé la persistance d'une opacité dans les comptes des groupes, sans pour autant faire porter la responsabilité de la vie chère sur la seule grande distribution martiniquaise.
Face à ces soupçons, Stéphane Hayot a défendu une gestion qu'il estime “rigoureuse et transparente”. Il a justifié la stratégie financière de son groupe par l'histoire longue de l'entreprise : “Nos réserves et nos fonds propres sont le résultat de 60 ans de consolidation. Nous avons fait le choix de ne pas nous servir de l'entreprise, mais de lui laisser les moyens de se développer ; c'est, je crois, la définition d'une saine gestion”.
Un profit de 4 % très inférieur à la moyenne du CAC 40
Le dirigeant a également tenu à relativiser la rentabilité de GBH : “Nous dégageons un profit de 4 % de notre chiffre d'affaires, ce qui reste très inférieur à la moyenne du CAC 40”. Une manière de rappeler que son groupe n'a pas à rougir de ses résultats face aux grandes entreprises hexagonales. Enfin, il a réfuté toute accusation de dissimulation : “Quant aux critiques sur l'opacité, elles ne nous concernent pas. Nous déposons l'intégralité des comptes de l'ensemble de nos filiales. Toute l'analyse et la décomposition précises que vous pourriez souhaiter sont accessibles en un clic : les éléments sont à la disposition de quiconque veut les consulter”.
Si Stéphane Hayot a plaidé la bonne foi et la transparence, les interrogations des sénateurs n'ont pas été totalement levées. La commission d'enquête poursuit ses travaux et les travaux parlementaires devront trancher : la vie chère en Outre-mer est-elle avant tout la conséquence de contraintes structurelles, logistique, octroi de mer, éloignement géographique, ou le résultat de marges excessives pratiquées par des groupes en position dominante ?
En attendant, GBH reste sous le feu des projecteurs. Et la phrase de Stéphane Hayot “Personne ne vous impose votre lieu de consommation : vous allez là où vous estimez que vos intérêts sont les mieux défendus”, risque de faire débat dans les Antilles, où les alternatives à la grande distribution sont rares.
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