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Washington fait pression sur Sainte-Lucie pour qu’elle cesse d’envoyer ses étudiants en médecine à Cuba

04 February 2026

Sous la menace de sanctions américaines, Sainte-Lucie, qui a formé gratuitement des centaines de ses médecins à La Havane, est contrainte de chercher d'autres partenaires pour assurer l'avenir de son système de santé.

Depuis 1999, des centaines de jeunes de Sainte-Lucie et d'autres pays de la Caraïbe ont pu étudier la médecine gratuitement dans les facultés cubaines. Cette coopération emblématique de la diplomatie médicale de La Havane, a été un pilier pour le développement des ressources humaines en santé de l'île. "Cette initiative a permis à Sainte-Lucie de développer le secteur de la santé et de proposer des soins au plus grand nombre", reconnaît-on dans les cercles gouvernementaux. Grâce à ce programme, Sainte-Lucie a pu pallier en partie la pénurie de médecins et renforcer son système de santé public, une réussite souvent citée en exemple dans la région.

" Les grands États-Unis ont dit que nous ne pouvons plus continuer "

Cet édifice est aujourd'hui menacé. Les autorités américaines ont contacté le gouvernement de Castries pour lui signifier qu'il devait mettre un terme à cette coopération avec Cuba. Sainte-Lucie semble être le seul pays de la région à avoir reçu un tel avertissement direct, placé sous la menace de sanctions économiques. Le Premier ministre Philip J. Pierre a exprimé son embarras avec des mots francs : "J'ai un gros problème. Beaucoup de nos médecins ont été formés à Cuba et maintenant les grands États-Unis ont dit que nous ne pouvons plus continuer avec cela". Un dilemme de taille pour une petite nation dont la souveraineté en matière de politique étrangère est mise à l'épreuve. Pour l'instant, les étudiants déjà engagés dans leur cursus à Cuba sont autorisés à le terminer. Mais l'avenir de la filière est complètement bloqué.

La justification de cette pression américaine repose sur l'inscription de Cuba par Washington sur la liste des États soutenant le terrorisme. Les États-Unis accusent La Havane de "protéger et même de financer des organisations terroristes comme le Hamas et le Hezbollah". Une accusation catégoriquement rejetée par le gouvernement cubain. Son ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a réaffirmé que son pays "ne protège, ni soutient, ni finance les organisations terroristes ou extrémistes". Il a même proposé de "réactiver la coopération bilatérale avec les États-Unis pour faire face à des menaces transnationales partagées", tout en défendant la souveraineté de son pays.

Sainte-Lucie en quête urgente de nouveaux partenaires

Face à cette injonction, le Premier ministre Philip J. Pierre, qui affirme vouloir maintenir de "bonnes relations avec Washington", doit trouver une solution de remplacement urgente pour la formation de ses futurs médecins. Il a annoncé son intention de contacter ses homologues du Mexique, du Brésil, du Ghana et du Nigeria pour solliciter une assistance dans la formation des professionnels de santé. Cette course contre la montre illustre les conséquences concrètes des sanctions américaines sur les pays tiers et met en lumière la dépendance de nombreux petits États en développement vis-à-vis de la coopération cubaine dans un secteur aussi critique que la santé. L'épisode révèle aussi les tensions géopolitiques qui traversent la Caraïbe, où l'influence historique de Cuba se heurte frontalement à la politique étrangère américaine.