182 morts en six mois : la campagne antidrogue américaine dans le Pacifique de plus en plus contestée
Une nouvelle frappe américaine contre une embarcation soupçonnée de narcotrafic a fait deux morts vendredi 24 avril dans l’est du Pacifique, portant à au moins 182 le nombre de personnes tuées depuis le lancement de cette campagne militaire en septembre dernier.
1er avril, 16 avril, 19 avril, 24 avril… Les annonces se succèdent à un rythme soutenu. Depuis septembre dernier, les forces américaines mènent dans l’est du Pacifique une campagne de frappes contre des embarcations soupçonnées de participer au narcotrafic. La dernière en date, ce vendredi 24 avril, a tué deux hommes. Chaque fois, la communication est identique. Le commandement militaire américain pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Southcom) publie sur X de brèves vidéos en noir et blanc, surmontées du mot « Unclassified », montrant un ou plusieurs bateaux en train d’être détruits. Le message est toujours le même : « L’armée a mené une frappe cinétique létale contre un navire exploité par des organisations terroristes désignées ». Dans son communiqué du 25 avril, Southcom ajoute : « Les services de renseignement ont confirmé que le navire circulait sur des routes connues pour le trafic de drogue dans le Pacifique Est et qu’il était impliqué dans des opérations de trafic de drogue ».
Selon un décompte de l’AFP, au moins sept frappes de ce type ont été revendiquées par les responsables militaires américains au seul mois d’avril. Depuis le début de la campagne en septembre, le bilan s’élève à au moins 182 personnes tuées. Mais une question demeure, et elle est de plus en plus posée : les navires visés étaient-ils vraiment impliqués dans le trafic de drogue ? L’administration Trump n’a jamais fourni de preuves solides pour l’affirmer. Les seuls éléments communiqués sont ces courtes vidéos et des déclarations lapidaires sur des « routes connues » ou des « organisations terroristes désignées ».
Experts et ONU dénoncent des exécutions extrajudiciaires
Cette absence de preuves et la nature létale des frappes suscitent de vives critiques. Des experts et des responsables de l’ONU ont dénoncé des exécutions extrajudiciaires. Pour eux, frapper des embarcations sans jugement, sur la seule base de renseignements non vérifiables publiquement, revient à se substituer à la justice. Les critiques rappellent que le droit international impose des limites à l’usage de la force en haute mer, même dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic. En l’absence de transparence sur les cibles et les preuves, certains dénoncent une dérive sécuritaire dangereuse.
L’administration Trump, qui a fait de la lutte contre le narcotrafic l’un de ses chevaux de bataille, défend ces opérations comme nécessaires pour endiguer le flux de drogue en direction des États-Unis. Mais au fur et à mesure que le bilan humain s’alourdit, les interrogations grandissent. Les vidéos en noir et blanc, soigneusement produites et diffusées, ne suffisent plus à convaincre. Et derrière chaque frappe, il y a des morts. Des morts dont on ne sait presque rien, sinon qu’ils se trouvaient au mauvais endroit, au mauvais moment, sur un bateau que Washington a jugé suspect.