Eaux polluées, coquillages contaminés : le gouvernement dévoile son plan pour sauver le milieu marin
Crèmes solaires toxiques, épandages agricoles à risques, eaux usées mal traitées… La pollution du milieu marin ne date pas d’hier. Pourtant, la France n’avait jamais présenté de stratégie globale pour y remédier. C’est désormais chose faite avec la feuille de route publiée ce jeudi 7 mai 2026 par la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud.
L’élaboration de cette feuille de route avait été décidée l’an dernier lors d’un Comité interministériel de la mer à Saint-Nazaire, à l’initiative de l’ancien Premier ministre François Bayrou. Le texte devait initialement être présenté en 2025. Un an plus tard, il arrive sur le bureau de la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, qui l’a dévoilé jeudi dans le Morbihan.
L’objectif affiché est clair : restaurer le bon état du milieu marin. Trois axes structurent le plan :
- identifier sans délai les zones à enjeux majeurs et y engager des actions concrètes ;
- étendre à l’ensemble du littoral (métropole et Outre-mer) les bonnes pratiques qui font leurs preuves ;
- améliorer notre connaissance des pollutions émergentes.
Le gouvernement ne part pas de zéro. Les aires marines protégées (dont la plus grande du monde se trouve en Polynésie française) devront désormais, d’ici fin 2028, établir un plan de lutte contre les pollutions. En amont, elles devront identifier les principales sources de contamination : polluants chimiques, industriels, agricoles (nitrates). L’une des annonces les plus nouvelles concerne les crèmes solaires. Le gouvernement veut « sensibiliser les usagers de la mer aux effets indésirables de certaines substances chimiques parfois présentes dans leur composition ». Ces substances feront partie de celles dont la présence dans l’eau sera mieux surveillée.
Que dit le plan sur l’agriculture et l’assainissement ?
Les épandages agricoles et de boues, déjà soumis à dérogation préfectorale à proximité des zones sensibles (baignade, conchyliculture), feront l’objet d’une « vigilance particulière » des préfets. Une manière de mieux encadrer ces pratiques sans forcément changer la loi. Côté assainissement, le gouvernement encourage « la mise à niveau des réseaux d’assainissement et des stations d’épuration ». Mais ces équipements relèvent des collectivités territoriales, et le plan ne prévoit pas de financement fléché. « Il n’y a pas de financement spécifique nouveau, mais il s’agit de donner des priorités d’action, notamment aux agences de l’eau qui disposent de budgets importants », précise l’entourage de la ministre.
Ce plan est-il vraiment ambitieux ?
C’est là que le bât blesse. L’ONG Surfrider, spécialiste de la protection de l’océan, salue une feuille de route « bienvenue », mais regrette qu’elle « n’apporte rien de réellement nouveau ». « Le plan se repose sur un cadre qui existe déjà, au niveau soit français soit européen », explique Lucille Labayle, chargée de plaidoyer européen sur la qualité des eaux pour Surfrider. L’ONG relève « un manque d’intégration de nouvelles mesures concrètes dans cet état des lieux » et appelle à « une concrétisation des ambitions du plan par des actions ambitieuses ». Autrement dit : les intentions sont bonnes, mais les moyens et les mesures nouvelles restent flous. Le gouvernement promet une « vigilance particulière ». Les associations attendent des actes.