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Réchauffement climatique : la forêt amazonienne menace de basculer bien plus tôt que prévu

07 May 2026
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La forêt amazonienne pourrait basculer de manière irréversible bien plus tôt que prévu. Selon une étude publiée dans la prestigieuse revue Nature ce mercredi 6 mai, le réchauffement climatique combiné à la déforestation pourrait entraîner un effondrement systémique de l’écosystème à partir d’une hausse des températures de seulement 1,5 à 1,9°C.

Les arbres d’Amazonie ne se contentent pas d’absorber le dioxyde de carbone. Ils jouent un rôle fondamental dans le cycle de l’eau. En transpirant, ils restituent l’humidité dans l’atmosphère, qui se transforme ensuite en pluies. Localement, jusqu’à 50 % des précipitations sont ainsi générées par la forêt elle-même. Ce mécanisme d’autosoutien a permis à l’Amazonie de prospérer pendant des millénaires. Mais ce système vertueux a ses limites. Les sécheresses répétées (2005, 2010, 2015-2016, 2023-2024) affaiblissent la forêt. La déforestation, qui a déjà dépassé 15 % du biome, réduit la capacité de l’Amazonie à générer ses propres pluies. En bout de chaîne, des régions entières pourraient basculer vers un état de savane dégradée, moins riche en carbone et en biodiversité.

Les chercheurs, dirigés par Nico Wunderling (université Goethe-de-Francfort) et Arie Staal (université d’Utrecht), ont utilisé un modèle mathématique pour simuler les interactions entre les différentes parties de l’Amazonie. Leur constat est sans appel : la majorité des transitions (87,5 %) ne sont pas causées directement par la sécheresse, mais par un « effet domino ». Lorsqu’une zone se dégrade, elle n’envoie plus d’humidité vers les régions sous le vent, créant des cascades de déstabilisation sur des distances de centaines à milliers de kilomètres. « L’Amazonie est un réseau de cellules interconnectées par l’humidité atmosphérique, explique l’un des auteurs. Quand l’une d’elles bascule, elle tire ses voisines vers le bas ».

Un seuil critique à 1,5-1,9°C si la déforestation atteint 22-28 %

L'étude modélise différents scénarios d’émissions de gaz à effet de serre (SSP) et de déforestation. Sans déforestation supplémentaire, le seuil de basculement de l’Amazonie se situe entre 3,7 et 4°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle. Dans ce cas, jusqu’à 35 % de la forêt pourrait disparaître. Mais si la déforestation atteint 22 à 28 % du bassin, le seuil s’abaisse dangereusement : 1,5 à 1,9°C, soit des niveaux de réchauffement qui pourraient être atteints dès le milieu du siècle (2035-2044). Dans ce scénario, 62 à 77 % de l’Amazonie basculerait, y compris dans des scénarios d’émissions modérés (SSP2-4.5). Autrement dit, la déforestation abaisse le seuil de résilience de la forêt bien plus que le seul réchauffement climatique. « L’endroit où l’on déforeste est aussi important que la quantité », soulignent les auteurs. Les zones les plus critiques se situent à l’est et au sud du bassin, là où le vent transporte l’humidité vers l’ouest. Déforester à l’est affame l’ouest en pluies.

Que peut-on faire ?

Les chercheurs le disent clairement : un effondrement n’est pas inévitable. Si l’humanité parvient à maintenir le réchauffement en dessous de 2°C et à stopper la déforestation (voire à restaurer des zones dégradées), l’Amazonie peut être sauvée. « La promesse des gouvernements sud-américains d’éliminer la déforestation d’ici la fin de la décennie va dans la bonne direction, mais il est encore incertain si elle sera tenue », tempèrent les scientifiques. Ils appellent à une coopération internationale pour maintenir l’Amazonie dans sa zone de sécurité.

Un basculement de l’Amazonie aurait des conséquences bien au-delà du biome lui-même. Les régions agricoles du sud du Brésil, de Bolivie, du Paraguay et de l’Argentine dépendent également de l’humidité générée par la forêt. Les récoltes de soja, de maïs et la sécurité en eau seraient menacées. L’étude est un signal d’alarme. Elle montre que la fenêtre pour sauver l’Amazonie est encore ouverte, mais qu’elle se referme rapidement. Comme le résume l’un des chercheurs : « Nous avons la capacité d’éviter le pire. Mais le temps presse ».